L'ENSEIGNEMENT SECONDAIRE
régence de Prusse de veiller à ce que dans les établissements publics les gens besoigneux pussent faire instruire gratuitement leurs enfants. « Il serait même bon» , ajoutait-il, «de supprimer absolument la rétribution scolaire, et d'assurer aux maîtres d'une autre façon, aux frais du Trésor fex publico), le traitement nécessaire " . C'était poser la question de la gratuité de l'école. En 1701, le roi se décida à accorder son autorisation et sa protection à l'établissement de Gehre, qui deux ans après prit le nom de collège Frédéric (Coltegium Fridericianum) . En dépit de graves difficultés pécuniaires, le nouveau collège ne tarda pas à prospérer, sous la direction d'un piétiste ardent, le docteur Henri Lysius de Flensbourg; en 1709, il comptait plus de trois cents élèves.
L'enseignement secondaire ne fut pas négligé, et les écoles « latines » prospérèrent dans les centres principaux, comme Kœnigsberg et Berlin. Dans cette dernière ville, outre le collège français, on comptait quatre établissements, ceux de Joachimsthal, du Cloître gris, de Cœlln et du P'riedrichswerder. Des directeurs éclairés, par exemple Volkmann et Joachim Lange, travaillèrent à y mieux régler les études. Une commission, dont firent partie le savant Beckmann et le pasteur Jablonski, se livra à partir de 1708 à une revision de tous les livres de classe. D'autre part, les statuts et les programmes furent l'objet d'une enquête approfondie, notankment à l'école de Joachimsthal, dont on fêta le centenaire en septembre 1707. A l'occasion de ce «jubilé», l'école reçut le nom de Gytnnasium regium Joachiinicum, en souvenir de son fondateur Joachim Frédéric, et des règlements nouveaux furent adoptés pour les études : la religion continuait à être enseignée en première ligne, mais sans négliger la philosophie, le latin, le grec, la rhétorique, Thistoire, ni les mathématiques. On voit par des actes de l'époque qu'il n'y avait pas de vacances en été : un rescrit du roi (26 juin 1708) autorisa les professeurs et élèves à se reposer l'après-midi, durant la canicule. Le 6 mars 1709, l'école de Joachimsthal fut placée sous la haute direction de Marquard de Printzen.
244 FONDATIONS SCOLJiIRES
Outre les écoles dites latines, on songea à en créer de professionnelles pour les futurs artisans. Leibniz, dont l'autorité était grande à Berlin, poussait à une réforme dans ce sens et peut-être est-ce à son instigation qu'une patente fut publiée pour fermer l'entrée des Universités aux enfants qui ne pouvaient profiter utilement de leur enseignement (25 août 1707) ; cette patente est l'indice d'un esprit nouveau : elle tend à mettre en honneur les métiers et manufactures, et flétrit les étudiants de vingt ou trente ans, qui sont à charge à tout le monde. Parmi les tentatives en vue de créer des cours techniques, on doit mentioimer celle du pasteur Christophe Semler, de Magdebourg. Semler voulait réunir chez lui chaque jour, en dehors des heures d'école primaire, de pauvres garçons, en vue de compléter leur instruction par des connaissances spéciales, mais au bout d'un an il dut abandonner l'entreprise (1708-1709). Elle était pourtant plus intéressante que les Académies de jeunes nobles, qu'on voyait surgir un peu partout : telles la Ràterschule de Brandebourg, et la Fûrstenschule de Berlin, fondées en 1704 et 1705, établissements où l'on se souciait plus des belles manières, de la danse et de l'équitation que du savoir, et qui végétèrent sans gloire, en dépit des plus hauts patronages. C'est de l'éducation qu'on y donnait que Neukirch a fait une satire sanglante.
L'enseignement supérieur, quoique protégé et encouragé, tomba alors dans une sorte de torpeur. La guerre perpétuelle et son cortège ordinaire de fléaux lui nuisaient. L'Université de Kœnigsberg, qui en 1 704 comptait plus de mille étudiants, vit ce chiffre baisser rapidement, tandis qu'on augmentait le nombre des professeurs et qu'on améliorait leur traitement ; de même à Francfort-sur-l'Oder, à Duisbourg, et aussi à Halle. Le gouvernement ne perdait cependant aucune occasion de témoigjier sa faveur. Les fêtes du second centenaire de l'Université de Francfort, en 1706, furent présidées par Frédéric I" et par le kronprinz qui accepta le titre de « recteur ') . Ordre fut donné en décembre 1704 de verser à l'Uni-
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versité de Dulsbourg^ la moitié du revenu de six canoiiicats, enlevés aux jésuites d'Einmerich, et en août 1710, le roi accorda là également l'organisation de tables gratuites (Freitischej pour les étudiants; la requête remise à ce sujet prouve le dénuement de l'Université de Duisbourg, la plus misérable de toutes, car les étudiants y étaient sans ressources et les professeurs moins payés que certains instituteurs et pasteurs de village (1). L'Université de Halle demeurait la plus favorisée et la plus florissante : une ordonnance du 27 août 1704 y créa de nouvelles tables gratuites, alimentées par des collectes trimestrielles, et le nombre des étudiants oscilla entre quatre cent cinquante et cinq cents (2) . De plus, des professeurs distingués y furent appelés : à côté des Thomasius et des Francke, Jean Christian Wolff de Breslau vint en 1706 enseigner les mathématiques et la physique, avant de se consacrer à la philosophie. L'esprit scientifique ne dominait peut-être pas autant que le disait ïhomasius, lorsqu'il vantait la liberté des professeurs, les déclarant dégagés de toute autorité, de celle de Justinien pour le droit, de celle de Galien et d'Hippocrate pour la médecine, de celle d'Aristote et de Descartes pour les sciences. La religion exerçait toujours sa tutelle, et un rescrit du 1" mars 1708 interdit aux professeurs de droit et de philosophie de traiter des questions de théologie. Néanmoins un mouvement se dessinait déjà vers plus d'indépendance et de tolérance.
Ce progrès était dû en partie à un courant d'idées religieuses, susceptible d'aboutir à plus d'étroitesse, et qui devait en effet finir par là, mais qui exerça à ses débuts une influence heureuse ; j'ai nommé le pieiisme. Peut-être a-t-il tiré sa première origine d'un livre mystique, paru entre 1605 et 1610, le Vi-ai Christianisme de Jean Arndt, un pasteur du pays de Brunswick. Quoi qu'il en soit, dans le dernier quart du dix-septième siècle, des croyants se rencontrèrent, que le formalisme confessionnel rebutait et qui avaient soif d'une
(i) Cf. A. B., R, 34, n 58», 1-3.
(2) Ibidem, l\. 52, n 159, i.