LE PIETISME DE SPE>ER
foi plus vivante et plus active. A l'observation rig^oureuse des rites, à la stricte pratique, qui risquaient de dessécher les âmes et de transformer la religion, surtout le luthéranisme, en une sorte d'habitude de plus en plus mécanique et automatique, ils voulurent substituer des aspirations profondes , capables de secouer les individus et les peuples, de changer les mœurs, de transformer la société. Philippe Jacques Spener, né à Ribeauvillé en 1635, Alsacien doux et têtu, fut l'apôtre de la nouvelle doctrine ; il se comparait modestement à un nain par rapport à Luther, mais en ajoutant qu'un nain pouvait beaucoup, monté sur les épaules d'un géant. Pasteur successivement à Strasbourg, Francfort-sur-le-Mein, Dresde et Berlin (1) , il fut surtout connu en Saxe et en Brandebourg. Ses Pia desideria de 1675 eurent un grand retentissement; toutefois, comme on l'a dit, il agit encore plus par son individualité et par les exemples donnés que par ses innombrables écrits et sermons (plus de deux mille cinq cents^ . Il forma quantité de disciples, et quand il mourut en 1705, le piétisme avait jeté en Allemagne de puissantes racines.
Son influence se marqua à la fois dans l'enseignement supérieur et dans la religion. A l'Université de Halle, beaucoup de professeurs en furent pénétrés. Auguste Hermann Francke s'en inspira pour ses oeuvres scolaires et philanthropiques de Glaucha, et aussi, en une certaine mesure, le juriste Cliristian Thomasius, dans sa lutte contre la routine et la superstition, notamment dans sa fameuse campagne contre les procès de sorcellerie. D'autre part, les <i jansénistes protestants » , comme les appelle Frédéric II, contribuèrent à élargir la coiBception religieuse, et à la rendre moins intolérante.
Si le roi ordonna, en mai 1705, de faire payer un droit de péage personnel (LeibzoUj aux juifs, non pourvus d'un saufconduit, et si on les soumit en Prusse, en 1711, à une taxe pour chaque mariage ou naissance, c'est dans les besoins fiscaux qu'il faut chercher le motif de la mesure.
(1) Il fut prévôt (Probst) de l'église Saint-Nicolas à Berlin, à partir de 1691.