PLAINS D'UNION RELIGIEUSE
catholiques à Halberstadt, Magdebourg^ et Berlin; Steffani évalue à 800, en 1711, le nombre de ses coreligionnaires dans la capitale et les environs.
Remarquable à Tég^ard du catholicisme, l'attitude de Frédéric ne fut pas moins dig^ne d éloges dans ses relations avec les deux grandes confessions protestantes. Alors que luthériens et réformés se détestaient et s'invectivaient sans mesure, il chercha à jouer un rôle d arbitre. Marié à une femme peu religieuse, Sophie Charlotte, puis à une luthérienne bigote, dont le fanatisme le fit personnellement souffrir, il poursuivit jusqu'à sa fin des plans très nobles d'union. Il y fut aidé par deux hommes en particulier, deux esprits d'élite, le grand philosophe Leibniz et le pasteur Daniel Ernest Jablonski. Dequis quelques années, Leibniz, qui vivait à Hanovre, travaillait à l'union des églises protestantes ; il la croyait réalisable avec le temps (1). Dans une lettre à l'archiviste berlinois Cuneau, du 7 octobre 1697, il prévoyait trois étapes : d'abord une entente, purement laïque, contre Rome, ensuite un accord ecclésiastique établissant la tolérance réciproque, enfin l'unité de foi sur les points essentiels, sinon sur tous les points. De concert avec des luthériens modérés du pays de Brunswick, les Molantrs et les Fabriciiis, il se mit en rapport avec le prédicateur réformé Jablonski.
Celui-ci était d origine bohémienne, descendant du célèbre Comenius. Après un séjour à Oxford, qui lui avait permis de bien connaître la religion anglicane, en même temps que de se lier avec une jeune Anglaise qu'il épousa plus tard, il avait été pasteur à Magdebourg, et à Lissa, en Pologne (entre Poscn et Breslau) ; ds là, le roi de Prusse l'avait appelé, en 1691, à Kœnigsberg, puis en 1693 à Berlin, comme prédicateur de la cour. Son savoir et ses talents furent vite appréciés en Brandebourg, tandis que sa largeur d'esprit lui permettait de
(l) Poussant même plus loin son auibilion, il ne désespérait pas de l'union future de tous les chrétiens. Très curieuse à ce point de vue est une relation du nonce de Vienne, da Via, du 18 décembre 1700, sur ses échanges de vues avec le « baron de Leibnits » .
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nouer des liens d'amitié avec le piétiste Spener. Élevé au rang d'Ancien (seniorj des frères Bohèmes, sorte d'épiscopat qui prétendait remonter par ses ordinations jusqu'aux apôtres, il fut chargé de consacrer les deux évêques, créés exprès pour le couronnement de 1701. Il avait commencé auparavant à prendre une part active aux négociations « iréniques » ; ne fallait-il pas profiter des dispositions conciliantes qui se manifestaient même chez les luthériens saxons, ce qu'on regardait comme un <« miracle " ! C'est par Jablonski que Leibniz fut appelé à Berlin, où il vint en 1700, et tous deux se mêlèrent ensemble désormais aux tentatives d'union religieuse. Tous deux jouissaient d'ailleurs d'une grande influence, Leibniz auprès de l'électrice Sophie de Hanovre et de sa fille Sophie Charlotte, Jablonski auprès du roi de Prusse, et ils encouragèrent certainement les échanges de vues qui eurent lieu sur les questions religieuses entre la belle-mère et le gendre.
L'anglicanisme que l'éclectique Sophie, héritière de la couronne britannique, était toute prête à adopter, semblait un excellent terrain d'entente. Jablonski y voyait « une voie moyenne entre la superstition papiste et la froideur calviniste » . Frédéric I", content qu'on accordât aux réformés le libre exercice de leur culte en Brunswick, se déclarait prêt, en janvier 1703, à introduire dans ses États la liturgie anglicane, ^i sauf quelques cérémonies catholiques » . Plus tard, il fit traduire en allemand le Conunon prayer book, mais Sophie nous avertit irrévérencieusement qu'il le trouva « trop ennuyant pour s'en servir dans son église » . En dépit du rapprochement étroit entre Hanovre et Berlin qui suivit le mariage du kronprinz et de Sophie Dorothée, et, un moment, remplit Leibniz d'^espoir, le vœu du roi de Prusse ne put se réaliser. En vain voyait-il l'idée gagner du terrain et applaiidissait-il, en 1707, à une démarche des pasteurs et professeurs de Genève en faveur de l'union. L'heure n'avait pas sonné d'une fusion, même entre protestants. A la cour, d'ailleurs, les discussions théologiques de Frédéric I" et de sa troisième femme allaient donner lieu à de pénibles incidents.