MÉDIOCRITÉ DES LETTRÉS
ment le plus cultivé; elle ne parvint, en répandant et en proposant pour modèles les chefs-d'œuvre de la littérature française, qu'à mettre un léger vernis d'élégance et de politesse sur un fond aussi pauvre que grossier. La cour de Liitzenbourg fut un centre de controverses philosophiques, religieuses, littéraires, mais ceux qui y brillèrent surtout, à côté de la reine, étaient des étrangers, Leibniz, l'Anglais Toland, le P. Vota. La Société des Sciences de Berlin et l'Université de Halle furent pour les lettres, comme pour les sciences, les deux principaux foyers, mais si elles groupèrent quelques philosophes, historiens et philologues estimables, elles ne comptèrent pas un grand écrivain. On ne saurait en rendre responsable le roi qui s'appliqua de son mieux à soutenir les lettres, pensionnant les auteurs ou leur faisant des cadeaux, et enrichissant la Bibliothèque de Berlin : le 24 décembre 1712, par exemple, il ordonna qu'on y déposât désormais deux exemplaires de tout nouveau livre. Rien n'y fit. Les conditions nécessaires manquaient pour que les formes les plus délicates de la pensée pussent trouver de dignes représentants dans les États prussiens. L'intérêt qu'on leur portait était d'ailleurs minime, comme le prouve le rang officiellement attribué dans les Universités à la faculté de philosophie (c'est-à-dire des lettres), au-dessous des trois autres, dites supérieures fObereJ.
La poésie, dépourvue d'imagination et de souffle, servait presque uniquement à des panégyriques, où l'enflure de l'expression cachait mal la nullité des idées. Frédéric II a cru pouvoir citer au moins un bon poète, Frédéric Rodolphe Louis de Canitz (1654-1699). » C'est le Pope de l'Allemagne » , a-t-il écrit, « le poète le plus élégant, le plus correct et le moins diffus qui fait des vers dans notre langue » . L'éloge est excessif. Ce baron berlinois, qui avait été employé à des négociations diplomatiques, n'a guère laissé qu'une pièce célèbre, indulgemment vantée, sur la mort de sa femme Doris; le reste, épîtres ou satires, imitées d'Horace et de Boileau, est lourd et indigeste. Je ne crois pas qu'il faille