INFLUENCE DE SOPHIE CHARLOTTE
comme indifférente sous ce rapport, s'est au contraire vivement intéressée aux progrès de son fils ; elle a tenu à en juger par elle-même sans cesse : à Berlin, le petit prince devait venir la voir deux fois par jour, et quand elle résidait à Lùlzenbourg, il devait se présenter fréquemment, en dehors de la visite réglementaire du mercredi après-midi. C'est alors que la mère combattait les instincts grossiers de l'enfant, l'exhortant à la propreté, à la sobriété, à la politesse, lui donnant Télémaque en exemple, et le « chapitrant » à l'occasion au sujet de son attitude discourtoise vis-à-vis des dames. Elle s'inquiétait en outre de ses " terribles repas » et veillait sur sa santé, préférant aux remèdes savants des docteurs (des pilules de quinine, par exemple, en ] 703), les remèdes de bonne femme, la « tisane de tamaris " , la « poudre d'Angleterre » , ou les clystères que les femmes seules savent préparer; ses principes d'hygiène étaient plutôt simplistes : « où l'on a de la joye, l'on n'a pas besoin de médecin » . Elle finit par écarter tout à fait le jeune docteur Horch qui ne lui inspirait pas confiance.
Sophie Charlotte, d'autre part, surveilla avec Dohna les précepteurs et les compagnons de son fils : sans doute, elle dut se faire gentille avec le tout-puissant Danckelman qu'elle accusait à tort de vouloir laisser le petit prince dans l'ignorance, afin de se rendre indispensable, et dont elle accepta le fils, Charles Frédéric, comme gentilhomme de la chambre du kurprinz. Du moins, elle réussit, en avril 1697, à faire renvoyer une créature du favori, ïephoms Jean Frédéric Cramer, juriste d'esprit lourd et de manières familières, qui affectait à son égard l'attitude la plus incorrecte; borgne d'ailleurs et peu sympathique, avec un fâcheux penchant à la flatterie. Cramer n'était guère apte à ses fonctions. Le successeur de Cramer, un homme de trente-quatre ans, le Suisse Jean Philippe Rebeur, fut choisi par Dohna; mais la mère approuva le choix, quoi qu'on en ait dit. Rebeur, qui a donné jour par jour, dans des notes minutieuses, ses impressions sur son élève, n'a pas été le pédant racorni dont parle Poellnitz : il