EXTERIEUR DU ROI
les joues et en s'exposant au gros soleil. Pœllnitz nous apprend qu'il avait fait couper ses superbes cheveux d'un blond cendré, et après des perruques brunes « à la cavalière k , en porta dans ses dernières années de petites, presque blanches et très mal faites, qui ne déparaient pourtant pas « son beau visage » . C'est beaucoup dire, car il ne faut oublier ni le regard fixe de ses yeux ronds, ni la lèvre dédaigneuse.
Le poète suisse, Albert Haller, le rencontra en 1 726 dans le pays de Glèves, et quoique frappé de ses allures un peu brusques, a tracé de lui un portrait plutôt élogieux : « C'est un homme assez grand; il a une perruque gris-natur«, le visage rouge, les yeux gris, un petit nez et une très petite bouche, le regard majestueux, ferme; il porte le vêtement bleu de grenadier, avec une étoile d'argent sur le ruban couleur orange, à gauche, comme grand-maître de l'ordre de l'Aigle-ISoir, un pantalon et des guêtres. »
Morgenstern soutient qu'il garda la physionomie "agréable» jusqu'à sa fin. L'épithète est trop flatteuse. Sans doute, vers 1730 encore, date d'un de ses meilleurs portraits par Pesne, il avait assez bon air, malgré ses joues un peu empâtées et son double menton; c'est le moment où se forme son image traditionnelle, les membres vigoureux, le corps bien planté sous l'uniforme bleu foncé à boutons de cuivre doré, gilet et culotte couleur de paille, guêtres blanches sur de gros souliers, lorsqu'il ne portait pas de hautes bottes; mais la bouffissure qui déjà l'envahissait déforma et enlaidit ses traits, comme elle alourdit toute sa personne. Il devint énorme, et Mauvillon insiste sur sa grosseur « extraordinaire " dans ses derniers temps. Grâce à son habitude de se peser chaque année, avec sa suite, en arrivant à Wusterhausen, on connaît exactement son poids : celui-ci s'élevait, lors de la dernière pesée, à deux quintaux et demi (125 kilos).
Cette corpulence tenait à un mauvais état de santé. Son tempérament robuste n'avait pu résister à une hygiène déplorable, aggravée par un surmenage continuel. Dédaigneux de tout confort, il ne reculait devant aucune fatigue; il ne cessa