MAUVAISE SANTE DU ROI
d'user et d'abuser de ses forces, au travail comme à table ou à la chasse. Gros mang-eur, grand buveur et grand fumeur, chasseur enragé à courre ou à tir, par tous les temps et à toute heure, il se délassait par ces plaisirs éprouvants de ses occupations sédentaires, et des voyages d'inspection qui le menaient en quelques jours de Berlin à Kœnigsberg ou à Clèves, à raison de cent kilomètres par jour au moins. Le prince royal Frédéric et même le solide Grumbkow redoutaient les libations de certains jours de fête, prolongées tard dans la nuit, notamment le jour de la Saint-Hubert à Wusterhausen, et les déjeuners de chasse en plein air, avec force crudités.
Sans parler de maladies accidentelles, comme une variole en 1718, Frédéric Guillaume eut de bonne heure de pénibles malaises, des migraines, des accès de goutte. En janvier 1719, le bruit courait qu'il avait des maux de tête à en devenir fou, et lui-même, rédigeant trois ans après son testament politique, prévoyait qu'il ne vivrait peut-être plus longtemps. En 1729, la goutte se déclara si violente que le roi, qui avait toujours cherché à en dissimuler les atteintes, fut forcé d'avouer le mal : Fassmann et Pœllnitz le montrent alors miné parles insomnies, gémissant de ses peines dans une chambreoùallaientetvenaientsa femme etsesenfants, etienant la reine par îa main au moment des plus vives souffrances. En 1732, l'Autrichien Kinsky signalait de Paris que le roi de Prusse était atteint de somnolence (SchlnfsuchtJ; les relations des ministres français à Berlin relataient en effet d'involontaires assoupissements, des syncopes, des symptômes d hydropisie. Des intimes étaient chargés de le tenir éveillé en causant sans cesse autour de lui. En 1734, une «goutte remontée» le prit sur les bords du Rhin et le tourmenta cruellement durant plusieurs mois. Le baron Christophe Louis de Seckendorf a raconté minutieusement cette maladie : la reine et ses plus jeunes enfants se tenaient en permanence à ses côtés; il y avait toujours deux ou trois lits prêts, pour que le roi pût en changer; l'enflure était telle à la fin de septembre que les jambes devinrent grosses comme un corps; terriblement