SES COLERES
oppressé, le malade se faisait rouler constamment sur son fauteuil dans sa chambre, en criant : « De l'air! de l'air! » Au milieu d'octobre, désespérant de guérir, il comptait seulement vivre jusqu'au mois de novembre. En décembre vint la rémission, et le roi g^uérit » par miracle « . En 1737-1738- 1739, Frédéric Guillaume, qui se ménageait davantage en buvant, mais « mangeait encore fortement » , prenant chaque matin des « pilules " purgatives, fut de nouveau malade : l'hydropisie reparut, plus menaçante, et son chirurgien ayant refermé une plaie qu'il avait à la jambe, ce fut le coup de grâce; il ne mourut cependant qu'après huit mois de tortures, dont Pœllnitz nous a conservé le détail édifiant.
Il faut tenir compte de cet état physique pour apprécier avec justice le caractère du roi, comprendre ses emportements, s'expliquer certains défauts : comment ne pas excuser bien des vivacités, voire bien des violences, chez un homme qui souffrait sans cesse ! Il avait beau être stoïque, pensant et déclarant qu'un roi doit souffrir plus que les autres; son naturel sanguin reprenait le dessus, lui arrachant des cris de rage, et se révélant par de redoutables éclats. Il ne se croyait pas colère fcolericusj, comme il l'écrivait au prince d'Anhalt; il reconnaissait toutefois avec regret que sa « patience » était souvent défectueuse (schlecht). C'est peu dire : Pœllnitz n'avait pas tort d'avoir des doutes, quand le roi lui disait être «véritablement républicain » , et ajoutait « que toute contradiction raisonnable ne lui déplaisait pas » . Jamais personne peut-être supporta moins aisément la contradiction. Non seulement ses serviteurs qu'il lui arrivait fréquemment de frapper, mais même son entourage et les membres de sa famille furent jusqu'au bout sous la menace de sa terrible canne. Sans accepter pour absolument authentiques les histoires de Fassmann, de Morgenstern, de Pœllnitz, ou de sa fille, la fameuse margrave de Baireuth, on peut hardiment affirmer qu'auprès de lui rien ne mettait sûrement à l'abri des coups, ni naissance, ni mérite, ni sexe, ni parenté. Le comte de Rottembourg raconte qu'à un grand dîner le roi lui demanda : « Si je don-