LE DUCHÉ DE PRUSSE
l'ouest, peuvent être divisés en quatre catégories : le duché de Prusse à Test, les provinces qu'on a appelées plus spécialement moyennes (minière) au centre (les Marches et la Poméranie pestérieure) , les anciennes principautés ecclésiastiques de Magdebourgf, Halberstadt et Minden, enfin les pays de Ravensberg^, Clèves et Mark à l'ouest.
Le duché de Prusse se trouvait toujours, grâce à ses origines et au voisinage de l'anarchie polonaise, sous la domination d'une oligarchie noble. Le collège des quatre hauts conseillers (Oherrdte) subsistait, accessible presque exclusivement à quelques vieilles familles (les Kreytzen, les Wallenrodt ou les Tettau) , et ses membres, qui dirigeaient la régence, se montraient moins dévoués aux intérêts du prince qu'à ceux des États, où ils siégeaient aussi. Les États, composés de trois curies (seigneurs et Landràte, noblesse, et villes) , ne cessaient de surveiller et de combattre les empiétements du gouvernement électoral. Celui-ci, malgré les désirs de Danckelman, n'eut que des velléités de fermeté : il s'efforça d'assimiler aux autres paysans libres les Kœlmer que la noblesse prétendait s'agréger, de restreindre la puissance des Oherrâte, de soustraire au contrôle des États la perception de l'accise et des contributions; il tint même assez ferme sur ces différents points, malgré les doléances (gravaminaj des États (en 1689, par exemple), et malgré les promesses qu'il se laissait arracher de temps à autre; il sut, en outre, faire donner le droit d'indigénat à plusieurs ministres (Danckelmann, Viereck, Meinders, Barfuss). Mais aucun résultat important ne fut alors atteint : les privilèges du duché furent confirmés par l'électeur, lors de la prestation d'hommage à Kœnigsberg, en 1690; l'Église luthérienne garda son monopole dans le pays ; les États enfin parvinrent à s'assembler régulièrement, à voter les impôts, voire à reconstituer la caisse provinciale (LandkasienJ, que Frédéric Guillaume avait presque complètement supprimée. M. Bergmann a exposé en détail l'action des États de Prusse dans ces dernières années du dix-septième siècle et les ménagements dont Frédéric III usa à leur égard.
LES Pl'.OVIlNCES DU CENTRE 29
Sans doute, la peur de voir interdire le Landiag, ou réduire rindemnlté des députés, ou lever l'impôt arbitrairement, amena chaque année le vote de subsides assez considérables (2 à 300 000 thalers) ; néanmoins l'électeur dut renoncer à en obtenir la concession pour deux ou trois ans d'un coup, et à terminer le conflit qui mettait perpétuellement aux prises ses chambres de finances et la caisse provinciale. Un mémoire rédigé par Fuchs en 1690 signalait, en termes piquants, les abus de cette administration locale qui faisait concurrence à celle de l'électeur-duc, les Landràic et les Obcrràie » se renvoyant la balle » , aux frais du Scrcnissimus.
Dans les provinces du centre (Poméranie et Marches) la situation, pour être moins fâcheuse, était loin d'être satisfaisante. En Poméranie, malgré l'établissement d'une commission de revision financière sous le conseiller de régence von Carnitz (1693), les Ordres (SiândeJ continuèrent h se réunir en Landiag pour le vote des impôts. Dans les Marches, ils reprirent une partie de leurs anciennes prétentions : après avoir réclamé de Frédéric III la convocation d'un Landtag général (il n'y en avait pas eu depuis 1653), ils se contentèrent, il est vrai, d'une promesse qui ne fut pas tenue, et à la cérémonie de l'hommage, au Schloss, nobles et bourgeois rivalisèrent d'humilité dans leurs réponses aux allocutions de Fuchs (juin 1688) ; mais l'électeur leur fit remise de tous les délits de Ç^eh (LehnsfehlerJ commis depuis 1683, et il respecta le vieux système financier de la province (Karmârkischcs Credittuei-h ou Kurmârkische LandschaftJ ; soit besoin d'argent, soit faiblesse, Frédéric III laissait végéter la délégation des États (AusschussJ et les trois caisses de la bière, de l'impôt foncier et des villes, sur lesquelles il se bornait à exercer un contrôle permanent, grâce à son droit de nommer le « Directeur provincial " (LandschaflsdirektorJ.
Les anciens territoires ecclésiastiques de Magdebourg, Halberstadt et Minden, formaient un groupe spécial, où les États provinciaux étaient caractérisés par la présence de nombreux prélats et chanoines. La prépondérance de la
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noblesse s'y affirmait d'ailleurs, soit que les Etats s'assemblassent en' /.««f/za^^r (comme à Halberstadt et Minden) , soit que tout dépendit d'une délég^ation grande ou petite (grosscr ou engerer ÂusschussJ, comme cela se passait à Magdebourg. Dans les trois pays, les Oidres disputaient aux agents électoraux l'adminislration financière et tenaient tête aux directoires institués en guise de commissariats (ainsi VOhcrsteuerdirektorium installé à Magdebourg en 1692-1693). La centralisation ne s'accrut alors quelque peu qu'à Minden, lorsqu'en 1695, sous prétexte de confirmer l'ancien recès de JReineberg (1), Frédéric III le transforma : il réduisit à un seul membre la représentation des États dans la régence et se réserva l'investiture des cbarges nobiliaires, sauf à donner la préférence aux indigènes, s'il s'en trouvait de méritants.
Dans l'ouest, les pays westphaliens et rhénans constituaient un petit monde à part, tourné vers la Hollande, comme dans l'est la Prusse vers la Pologne. Le comté de Ravensberg, limitrophe du pays de Minden, ressemblait cependant davantage par ses institutions au comté de Mark et au duché de Glèves : les États provinciaux, qui avaient rêvé jadis de s'unir à ceux de Clèves-Mark, étaient composés de deux ordres, la chevalerie et les villes (Bielefeld et Herford) ; une délégation (AusschussJ expédiait les affaires courantes, sous la direction d'un Landdiost, sorte de bailli choisi parmi les nobles (un Glamor von dem Busch à cette époque), et d'un greffier provincial (Lands< hreiherj , pris en général dans la famille des Meinders. Il n'existait pas de commissariat; un directoire des contributions (Sleuerdirekiorium) , organe à demi provincial, s'occupait de répartir les charges, et les États gardaient leur droit de consentir l'impôt, bien qu'ils ne fissent généralement que ratifier les chiffres fixés à Berlin. A défaut de régence, les Ordres jouaient dans le comté un rôle important, surtout la noblesse qui fournissait les Drosten et les principaux juges des tribunaux spéciaux à la contrée [Brûchten-
(1) De 1667.