DEFAUTS ET QUALITÉS
déclarant à dix ans ne pas se soucier « de toutes les fadaises de peinture » . Il était et resta étrangler à la culture désintéressée, feignant par moments desavoir à peine se servir d'une plume, interdisant à ses serviteurs d'écrire (par exemple au conseiller de guerre von Happe qu'il menaça en 1719 de la corde, s'il publiait un ouvrage), s'amusant même à dégrader les lettrés qu'il attirait à sa cour et à en faire des espèces de bouffons. Lettres et arts n'étaient pour lui qu'une vaine fumée, du vent fWindJ, de l'air bleu (Blauô Lufi). Dans les collections royales, on n'a pas conservé un seul livre lui ayant appartenu.
Ces défauts, qui ne cessèrent de s'accroître avec la pratique du pouvoir, avec 1 âge, avec les maladies, firent de Frédéric Guillaume un despote redoutable pour son entourage, époux incommode, père tyrannique, maître presque impossible à satisfaire; il a été, comme il le disait dans un moment d'abandon, un « tourmenteur d'hommes » (Menschenquâlerj . En revanche, beaucoup de ses défauts n'étaient souvent que l'envers de grandes qualités : ses exigences ont établi en Prusse un ordre et une discipline remarquables; sa justice sommaire a fait des exemples nécessaires; son avarice a rempli le trésor public; son dur génie, amoureux du (i réel » , a rendu à l'État des services inappréciables.
Lorsqu'on étudie le naturel du second roi de Prusse et qu'on fait le départ des travers et des dons, on est forcé d'incliner vers lindulgence.
Tout d'abord, il avait des vertus privées dignes d'estime, la simplicité, la sincérité, la moralité. S il lui manquait bien des côtés de "l'honnête homme " du dix-huitième siècle, la courtoisie par exemple, bien qu'il fût capable d'être courtois, il possédait les qualités de l'homme « honnête " , attaché aux devoirs essentiels de la vie de famille et de société. Je n'insiste pas sur sa propreté que Morgenstern a vantée, signalant ses fréquentes ablutions, cinq fois par jour au moins, et le soin qu'il prenait de se laver les mains plusieurs fois lorsqu'il accommodait lui-même pour ses hôtes du poisson avec