LE RÉALISME DU ROI
lui apprendre le latin; il supprima » la vieille histoire » et ne permit que l'histoire « depuis cent cinquante ans « , ce qui pouvait préparer l'héritier du trône aux affaires, le mettre au courant de son métier de roi, et plus particulièrement de roi prussien : son successeur n'aura rien à voir avec Rome ni Athènes ; il devra s'inquiéter non des provinces de l'Empire romain, mais de la Poméranie, de la Silésie, de Juliers et Berg, ainsi que des droits de sa Maison sur ces pays. Plus tard, à Cûstrin ou ailleurs, il entoura Fritz de spécialistes, de techniciens, qui furent soit des « mentors militaires » , soit des financiers et économistes pratiquants, propres à l'initier aux secrets de l'administration des chambres des domaines, de tout ce que le prince royal appelait le système « cameralistique » . Sans doute, il dut faire des concessions : en avril 1733, Frédéric, revenant de Potsdam où il avait longuement causé avec son père, écrivait à Grumbkow que le roi était résig^né à ce qu'il eût plus tard des comédies et des opéras; il m'a dit, ajoutait-il, « qu'il me laissait de l'arguent pour exercer ces folies, mais que, si je voulais, il me montrerait ce qu'il y avait encore à faire dans le pays et que si, après sa mort, je voulais jouer maître, qu'il faudrait que je me fisse beaucoup d'ennemis comme lui s'en était fait... » Le prince royal profita, presque inconsciemment, du sens objectif de son père; il devait même l'ég^aler au moins sous ce rapport. Déjà, en 1737, il déclarait ne pas s'expliquer que le roi eût des préventions à son égard, à cause de son goût pour la littérature française : " Ne dirait-on pas qu on ne saurait faire la guerre aux Français, parce qu'on parle français, parce qu'on lit les bons auteurs qui ont écrit en leur langue et qu'on aime les gens civils et spirituels que leur nation a produits ! " On reconnaît là la mentalité du père qui, en 1720, exposait au prince d'Anhalt ses principes réalistes de politique extérieure à propos d'une visite de lord Cadogan : le diplomate anglais se grisait tous les soirs, parlait de guerre, et voulait y entraîner Frédéric Guillaume ; celui-ci, prudemment, demandait ce qu'on lui donnerait, et s'entendant promettre « des