POUVOIR SEMI-DIVIN
lauriers » , ripostait : u C'est bel et bien, mais il n'y a pas là de quoi mang^er » , et de réclamer « des réalités " fRealilàleJi).
Le réalisme du roi explique qu'il ait eu un très petit nombre d'idées de gouvernement, et de fort simples.
Avant tout, il se faisait l'idée la plus haute de sa puissance souveraine. Déjà, kurprinz, à onze ans, il gourmandait à Wusterhausen les gentilshommes de sa chambre, leur disant qu'il les avait fait venir, non pour se divertir, mais pour le servir. Parvenu au trône, il se jugea investi d'une sorte de pouvoir semi-divin : il s'arrogea le droit de tout faire en matière temporelle; il s'estima le suprême justicier dans son royaume; ses serviteurs n'avaient qu'à se conformer à ses ordres. Il eût volontiers répété la maxime de Louis XIV, que quiconque est né sujet doit obéir « sans discernement » . Des expressions analogues reviennent du reste souvent dans ses ordonnances ou dans les notes marginales dont il annotait les rapports de ses ministres : « Vous devez pour chaque affaire indiquer votre avis motivé, mais nous demeurons le seigneur et roi, et faisons ce que nous voulons » ÇW'ir hlciben doch der Herr und Kœnig, und thun was wir wollenj. La formule est originale. Frédéric Guillaume l'a trouvée dès ses débuts et n'a cessé de l'appliquef Le vieil Ilgen ne disait-il pas, un jour, que le roi maintenaitson pointde vue, alors même qu'onl'avait convaincu d erreur, et qu'il ne revenait à la bonne voie que de lui-même! Les ambassadeurs étrangers qui croyaient à l'autorité des ministres se trompaient lourdement, et l'Autrichien Seckendorf voyait juste lorsqu'il disait que le roi ne pouvait être dirigé par personne au monde. Même le prince d' Anhalt-Dessau ne joua jamais d'autre rôle auprès de lui que celui de confident, que le roi consultait, mais écoutait peu.
Rien de plus saisissant et en même temps de plus exact pour définir cet absolutisme que les lettres écrites par Frédéric Guillaume les 3 et 5 novembre 1714, à propos de l'insubordination de certains fonctionnaires prussiens : tout de suite il s'emporte contre ces « canailles " qui doivent « danser