MINISTERE UNIVERSEL
noyé dans cette mer de détails infimes, constamment renouvelés, souvent insignifiants! Son fils est resté dans l'admiration devant sa puissance à dominer les détails, devant sa capacité presque surhumaine de « faire tout par lui-même » , « de voir tout par ses yeux » . Pœllnitz rapporte qu'à vingtcinq ans il a recherché « l'origine de toutes choses » , et que, plus tard, il n'était pas de famille noble dont il ne sût les revenus, pas de tribunaux dont il ne connût les principaux magistrats, pas de ville dans ses États (sauf Neuchàtel) qu'il n'eût visitée. Au milieu du règne, en juin 1730, étant en voyage, il blâme sévèrement ses ministres qui ont négligé pendant deux jours de lui annoncer un grand incendie survenu à Berlin : ordre désormais de faire en sorte qu'il soit avisé immédiatement de tout événement, heureux ou malheureux, dans sa capitale, par exemple qu'une servante a accouché d'un enfant, ou qu'il a été tenu tel ou tel propos.
C'est avec une hâte fébrile qu'il s'acquitte de ce ministère universel. Il ne remet jamais au lendemain ce qu'il peut faire le jour même; une idée est à peine conçue qu'il la voudrait réalisée, et ses résolutions prennent immédiatement un caractère d'urgence; il presse ses ministres et fonctionnaires d'agir et de lui rendre compte; il prodigue un adverbe latin qui lui est resté de son instruction classique élémentaire, de cette langue morte qu'il méprise mais dont il emploie partout les formules concises, comme s'il leur prêtait une vertu magique : cito! ciiol (vite! vile!). Il semble qu'il ait à remplir une mission qui ne peut attendre, et qu'il craigne de mourir avant d'avoir accompli son œuvre.
Il est naturel qu'il ait été très jaloux de son autorité. Tout en s'entourant de conseils, et en prenant l'avis des gens compétents, il s'est toujours réservé la décision suprême; personne ne pouvait se flatter « de lui en avoir imposé de sa vie » . De bonne heure, il eut peur de la rivalité de son fils, et, sur sa fin, cette jalousie prit des proportions fâcheuses. Pœllnitz a raconté une scène dont il fut témoin durant sa dernière maladie, en 1740 : c'était à la tabagie, où l'étiquette
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