‹ Histoire de PrusseChapitre 232 sur 410 · DROITS ET DEVOIRS DU SOUVERAIN · texte numérisé non relu

DROITS ET DEVOIRS DU SOUVERAIN

ne devait pas exister; le roi, se sentant un peu mieux, s'était fait habiller, et tout le monde était assis en cercle autour de lui, quand le prince royal arriva de Ruppin; son entrée fit sensation, et les hôtes de la tabagie se levèrent, ce qui était contraire à tous les usag^es. Le roi se mit en colère, tonnant contre les gens qui « adoraient le soleil levant » , et criant qu'il était encore le maître ; après quoi, il se fit traîner dans sa chambre, et envoya dire à tout le monde de sortir du château, pour n'y plus reparaître. L'ambassadeur impérial, comte de Gotter, eut beau protester, il dut partir comme les autres. Pœllnitz étant revenu, le lendemain, fut arrêté à l'entrée par un gendarme, et on lui tint rigueur plusieurs jours; quant au prince royal, le roi ne fit sa paix avec lui que peu de temps avant sa mort.

A l'idée de ses droits souverains correspondait celle de ses devoirs rigoureux. S'il était maître absolu dans son royaume de Prusse, c'était par une sorte de délégation divine, d'où une responsabilité presque écrasante devant l'Éternel. Frédéric Guillaume y ajoutait une autre responsabilité vis-à-vis d'un être de raison qu'il mettait au-dessus de lui, le roi de Prusse en soi. Toute sa vie, il travailla, comme on l'a dit, sous l'œil de ce maître, aussi exigeant que Jéhovah. S'il s'appliqua à tous les détails, ce fut par devoir autant que par goût : il se qualifiait lui-même de « premier serviteur de l'État » , et voulait être son propre premier ministre. Il a, dans son testament politique de 1722, recommandé à son successeur de s'astreindre au travail, comme ill'avait toujours fait, « car un roi qui veut régner avec honneur dans le monde doit faire lui-même toutes ses affaires; les rois sont donc voués au travail (zur Arbeit erkohren), et non pas faits pour la vie relâchée et paresseuse des femmes » ; il conclut : « Une fois que mon cher successeur aura tout mis en ordre, les choses iront aussi facilement qu'un papier de musique {wie ein Pappies de Musicke) 1) .

Aucun texte ne résume mieux les idées de gouvernement de Frédéric Guillaume que le testament politique rédigé en

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