TRAVAIL ET ÉCONOMIE
d'accepter aucun autre service. Un portrait de Frédéric Guillaume dans une description de Berlin, de 1723, attribuée au comte de Flemming^, le montre persuadé qu'on va plus loin " par la crainte que par l'affection » ; il est donc détesté, et cependant « il se tue pour servir le public » . Trois ans après, dans une lettre au prince d'Anhalt, le roi disait : « Le mot d'ordre [die Parole) en ce monde n'est que peine et travail ') . Cette règle qu'il s'imposait le premier, il tenait à l'imposer à tout le monde dans ses États. Il l'appliquait même sans ménagement à ses vieux serviteurs : le 15 mars 1734, il demande au conseiller de guerre Manitius, à Kœnigsberg, s'il ne peut travailler davantage; le roi, dans ce cas, prendra d'autres mesures, « car qui veut servir, doit travailler » .
La loi de l'économie ne lui était pas moins chère. Il serait vain d'aller avec ses panégyristes chercher dans la Cyropédie de Xénophon l'origine de sa doctrine ; ou de prétendre que ce ne fut pas de sa faute s'il ne put faire régner l'âge d'or dans son royaume; pareilles réminiscences n'encombraient certes pas son esprit. Il ne serait pas plus juste de le représenter, avec un historien moderne, Krauske, comme un " poète muet " , pressentant l'avènement de forces nouvelles et poussé par des aspirations qu'il ne sait pas définir; ce pathos aurait indigné son génie pratique. Il a senti et s'est exprimé plus simplement. Il a insisté, par exemple, au début de son testament de 1722, sur la nécessité pour un roi de Prusse de reviser lui-même toutes les dépenses au moment de son avènement, d'arrêter son budget dès les six premières semaines du règne, et de réduire les traitements des fonctionnaires de façon à économiser au moins 100 000 thalers par an; un peu plus loin, il déclare qu'il faut mettre de côté chaque année 500 000 thalers au minimum, et il l'a fait, ou à peu près.
Dans la grande instruction pour le Directoire général, on retrouve les mêmes principes, avec plus de détails : le roi exige un ordre parfait dans les comptes, et il entend toucher tout ce qui lui est dû; il refuse, par exemple, de défalquer