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PRINCIPES DE POLITIQUE EXTÉRIEURE

et avant tout « nos sujets nés » fUnsere angeborene U nter thanenj ; un étrangler ne saurait être pris que par exception, en raison de sa grande habileté. Frédéric Guillaume observa ce principe jusqu'au bout : on le voit, en janvier 1740, éliminer un sujet palatin, candidat à une chaire au gn^mnase de Halle» parce qu'il préfère un enfant du pays (Landeskind) . Quant à la règle du dépaysement, elle est formellement exposée à l'article 1" de l'instruction du 20 décembre 1722, interdisant d'employer des Prussiens en Prusse, des Rhénans dans le pays de Clèves, ou des Poméraniens en Poméranie; en juillet 1738, le roi refuse de nommer à la Recette (Rentei) de Clèves un jeune homme de la région, parce que cela ne vaut rien.

A ces préceptes destinés à guider l'administrateur, Frédéric Guillaume en adjoignait d'autres, assez primitifs, pour la politique extérieure. Il était partagé, à ce point de vue, entre le désir de soutenir certaines prétentions anciennes de sa Maison, de réaliser certaines acquisitions territoriales (celle des duchés de Berg et de Juliers notamment) , et la crainte des risques à courir. « Le roi de Prusse, pensaient les Anglais, n'est un loup que dans sa bergerie " , et un ministre de France rappelait le mot prêté à Pierre le Grand : « Il aime bien à pêcher, mais sans se mouiller les pieds " . On a dit qu'il était « poltron ", et tremblait à l'idée d'une guerre possible; il serait plus juste de dire qu'il était, pour son trésor et son armée, réserves amassées sou par sou, ou grenadier par grenadier, comme un avare qui a peur de perdre en un instant le fruit de plusieurs années d'économies. Il était brave personnellement et avait fait ses preuves à Malplaquet. S'il fut souvent dans les transes, c'est qu'il redoutait une lutte inégale, qu'il sentait la Prusse petite et faible à côté des grandes monarchies voisines, qu'il était obsédé, parfois jusqu'à l'angoisse, par le souci d'éviter le sort de son ancêtre Georges Guillaume et de son père Frédéric I".

Il avait d'ailleurs un cas de conscience perpétuel à résoudre, comme on l'ajustement remarqué, car il y avait en lui deux personnes, le roi de Prusse, dévoué aux intérêts prussiens, et

320 INCOHERENCE ET INCOMPREHENSION

l'électeur de Brandebourgs, prince de l'Empire, respectueux de ses obligations envers l'Empereur, et animé d'une sorte de patriotisme germanique. Ces deux personnes devaient être et furent souvent en conflit, Frédéric Guillaume a été bon Allemand, « bon impérialiste » fgut kaiserlich), prêt à partir en guerre au premier village allemand brûlé, épris de tout ce qui était allemand. Il écrivait au roi Auguste II de Pologne en 1715 : « Je suis Allemand, ergo je veux écrire dans ma langue comme le tsar " , et à la fin de son règne il ordonnait d'employer l'allemand pour tous les actes publics (4 juin 1739). Il a toujours détesté les Français, ne parlant français que quand il ne pouvait faire autrement, et à certaines époques, crachant par terre quand il voyait un Français; de même pour les Anglais, surtout après l'avènement du roi George II, « mon cher frère le comédien " . Cependant il a été, durant une partie de son règne, l'allié de la France et de l'Angleterre; il a pesté plus d'une fois contre l'Empereur, Il Charles le barbouillé » , il s'est moqué de la pauvreté de la cour de Vienne, et on l'a vu boire à la santé du roi de France ; sans conviction, il est vrai. De là sa réputation de perfidie et d'inconstance, de « versatilité naturelle » fnatw-liche Wnnkelmntigkeitj , qui mettait aux champs les diplomates accrédités auprès de lui. Sa perfidie était en réalité bien enfantine à côté de celle des autres puissances; au fond, Frédéric Guillaume était trop simple pour se reconnaître au milieu des combinaisons changeantes de la diplomatie européenne.

Ses idées en matière de politique étrangère peuvent se ramener à une formule essentielle : se rendre h formidable» et « respectable » par la force de son armée, afin de se trouver en état, un jour, de tirer parti de la « confusion " de l'Europe; ce jour, d'ailleurs, il le repousse aussi loin que possible, ne se sentant ni assez de perspicacité pour discerner l'occasion favorable, ni assez d'audace pour la saisir. Il répudie toute guerre d'agression, toute guerre injuste, que Dieu punirait; formule idéaliste qui cache mal son profond réalisme. Celui-ci l'emporte sur les facteurs moraux : si, en

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