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LA REGLE DES ALLIANCES

effet, Frédéric Guillaume n'admet pas qu'on donne des troupes pour des subsides, comme le fait maini prince de l'Empire, il l'admettrait aisément pour des terres à sa convenance; « alors » , dit-il, " je marche, mais pas avant : point de pais, point de Prussien » . Il ne s'ag^it pas de se sacrifier pour les Angolais ni pour les Hollandais, ni même pour l'Empereur, auquel il n'est obligé que de fournir à l'occasion le contingent d'Empire réglementaire de 14 000 hommes ; dans ce cas, il suffit d'envoyer des mercenaires, levés dans de petits États allemands, et placés sous le commandement d'un général prussien.

Quant aux alliances, Frédéric Guillaume a des sympathies assez flottantes. Seule, l'alliance russe lui paraît toujours bonne à cultiver; après elle, l'alliance hanovrienne, un peu comme un pis-aller; il se méfie de la plupart des autres nations, des Saxons faux comme le diable, des Hollandais dont il n'a rien à attendre, des Français qu'il entend seulement ménager; il a peu de confiance même dans l'Angleterre, bien que les Anglais soient « gens de parole » . Un roi de Prusse n'a pas à recevoir d'ordres de l'Empereur et doit se tenir sans cesse « sur ses gardes » de ce côté, en évitant d'accroitre la puissance de la Maison d'Autriche; tout au plus pourrait-on marcher contre la France, en échange de quelque bon morceau de terre bien peuplé fEin gut Siiïck Land und Lcutc), vers le Danube ou vers le Rhin. Toujours le môme refrain !

C'est avec ce bagage, assez léger, d'idées et de principes que Frédéric Guillaume arriva au trône, le i25 février 1713.

Ses débuts montrèrent ce qu'il serait et ferait. On connaît son apostrophe au conseiller Bartholdi qui, quelques jours avant son avènement, cherchait à le consoler de l'état de sauté de son père : » Qu'as-tu, canaille, à te préoccuper de cela! )> Vis-à-vis de tous il procéda aussi rudement. Peut-être l'anecdote de l'état de cour, biffé du haut en bas et remis au grand maréchal de Printzen, est-elle fausse, ainsi que l'exclamation du lieutenant-général de Tettau : « Messieurs, "• . 21

322 DEfîUTS DIT iSOL'VEAU ROI

notre bon maître est mort, et le nouveau roi nous envoie tous au diable !» ; le récit de Pœllnitz n'en est pas moins, sous une forme trop théâtrale, le reflet fidèle de la situation. Lorsque le dimanche, 26 février, à sept heures, les ministres, convoqués par le roi, arrivèrent au château de Berlin, leur anxiété était grande : Frédéric Guillaume les maintint dans leurs charges, sans leur demander de serment nouveau, et leur déclara qu'il comptait sur leurs bons services, mais qu il était décidé à punir sévèrement toute intrigue ou cabale; sur quoi il les embrassa, et assista avec eux à un service religieuxdans la chapelle où se trouvait le cercueil du feu roi. Après avoir reçu le serment de la garnison de Berlin, il partit pour Wusterhausen avec le conseiller de finances de Creutz et quelques aides de camp ; dans cette retraite où n'était admis ni étranger ni importun, il se recueillit trois ou quatre jours, en étudiant les états (budgets) de son père et de son aïeul, recueillement laborieux dont les efrels pratiques ne devaient pas tarder à apparaître. Puis, de retour à Berlin, il commença son œuvre de réformes administratives, judiciaires, économiques, militaires : il avait, suivant le mot de Jablonski, renoncé à son antipathie pour la plume, reconnaissant qu'on ne peut tout faire avec l'épée, et écrivant de sa main ses décrets. Le 2 mai, pour la dernière fois, il déploya une pompe digne du régne précédent, aux obsèques de son père; il mit de côté ensuite la longue perruque et les costumes somptueux ; déjà les grenadiers de son ancienne compagnie avaient remplacé la garde suisse en velours bleu et rouge, brodé d'argent, et les gardes du corps éblouissants de Frédéric I". Pœllnitz prétend même que Frédéric Guillaume alla en uniforme, ce jour-là, se placer à la tête de ses grenadiers pour leur faire tirer trois salves sur la place de la cathédrale.

Si le personnel des ministres fut d'abord conservé, certains hommes apparurent dès lors comme les confidents naturels du souverain, en même temps qu'un changement important s'opérait dans leur façon de collaborer.

Je n'insiste pas sur la courte apparition d'Eberhard de

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