LES MÉMOIRES DE WILHELMKNE
ont déclarés, plus ou moins catégoriquement, sans valeur comme source historique, à cause de leur partialité, de leurs exagérations et de leurs inexactitudes; sans doute, on peut accuser et même convaincre Wilhelmiue de tout cela, à propos de maint passage de ses M,imoires ; on peut se défier de son goût pour la satire, poussée jusqu'à la caricature, mais, ainsi que l'ont reconnu eux-mêmes ses critiques, en dépit de leur désir de réhabiliter le Roi Sergent, il est impossible de la confondre comme une menteuse pour ce qui concerne les événements de sa vie intime, et il paraît certain qu'elle n'a pas inventé de toutes pièces des scènes de violence dont elle et son frère Frédéric furent victimes : telle la scène épique de 1729, réplique étonnante de la fable de l'Ogre et du Petit Poucet, où tremblant d'être battus par leur père qui rentrait de la chasse, les deux jeunes gens (Wilbelmine avait alors vingt ansj se jetèrent l'une sous le lit de sa mère, l'autre dans une armoire, et y restèrent deux heures, tandis que Frédéric Guillaume dormait. Les récits des ministres étrangers et d'autres témoins, comme Pœllriitz, des documents authentiques comme la correspondance de Frédéric II avec Grumbkow, confirment nombre de détails donnés par la margrave; ils attestent les folies colères dont le roi était capable, et qui se déchaînèrent surtout à l'occasion des projets de mariage pour Wilbelmine et de la tentative d'évasion de Fritz. Les Mémoires de la margrave sont donc plus véridiques qu'on ne Ta dit, en particulier pour l'histoire de la famille royale.
Une chose est hors de doute : Wilbelmine. rouée de coups par sa première gouvernante, Mlle Leti, jusqu'à 1 âge de douze ans, n'a guère été plus heureuse ensuite, malgré les qualités de sa nouvelle gouvernante, Mlle de Sonsfeld ; elle s est trouvée en butte aux aigres gronderies de sa mère, aux menaces et aux voies de fait de son père, en partie à cause du projet de mariage anglais, toujours agité, jamais réalisé, et qui lui valait, ainsi qu'à son frère, la redoutable hostilité de Grumbkow; en 1730-1731, enfermée dans sa chambre au