LA MARGRAVE DE BAIREUTH
surgirent pourtant, celle de la pauvreté notamment, le beaupère étant un vieil avare, et Wilhelmine ne retrouvant quelque aisance, fait assez étrange, qu'à la cour de Berlin, où la désolaient les méchantes paroles de sa mère, lui reprochant d'avoir épousé " un gueux " , et les absences trop fréquentes de son mari, colonel prussien, condamné à entraîner son régiment dans une petite garnison. A Berlin, Potsdam et \Vusterhaus?n, où elle vécut plus souvent qu'à Baireuth jusqu'en 1734, elle fut sans cesse tourmentée : elle craignait surtout de voir son mari s'abrutir et se débaucher, comme tant d'officiers prussiens qui » à leur métier près, sont butors et libertins " . Ensuite elle se retira à Baireuth où la mort du vieux margrave Georges Frédéric Charles en 1735 fut une délivrance, mais elle souffrit un peu de ne pouvoir s'entourer de gens cultivés. La chasse ne lui suffisait pas. « Ma passion dominante» , écrit-elle en 1735, « a toujours été l'étude, la fiûusique et surtout les charmes de la société » . Elle souffrit aussi de l'indilférence du frère si tendrement aimé, qui près de devenir roi de Prusse, méprisait avec un égoïsme glacial sa pauvre sœur de Baireuth.
La jeunesse de Wilhelmine fait deviner ce qu'a été celle de son frère Frédéric. Les études de M. Lavisse, aussi attrayantes que solides, dispensent d'ailleurs de s'y étendre longuement, malgré le haut intérêt psvchologique qui s'y attache; je n'en dirai donc que l'essentiel. 2^é le 24 janvier 1712, le petit prince avait été accueilli avec enthousiasme par son grandpère, ravi de sa belle constitution et même de la puissance de ses poumons. Joli enfant aux yeux bleus, que le peintre officiel de la cour, Pesne, a représenté à satiété, soit sous la garde d'un page noir qui l'abrite d'un parasol, soit auprès de sa sœur Wilhelmine, il a été élevé par des huguenots français, réfugiés en Brandebourg, la « bonne maman » de Rocoulles et 1' « informator • Duhan de Jandun. et par des officiers prussiens, le général Finck de Finckenstein et le colonel de Kalckstein, double influence qui convenait à merveille pour former un prince à la fois cultivé et guerrier. Le père a