‹ Histoire de PrusseChapitre 251 sur 410 · JEUNESSE DE FREDERIC · texte numérisé non relu

JEUNESSE DE FREDERIC

lui-même choisi ces éducateurs, dont deux déjà (Mme de RocouUes et le généraljFinck) avaient veillé sur sa propre jeunesse. En août 1718, Frédéric Guillaume a rédigé une instruction pour les gouverneurs, prenant pour modèle celle de 1695, qui avait servi pour lui, mais en effaçant tout ce qu'elle avait de solennel et, à ses yeux, d'inutile : l'étude du latin, delà vieille histoire, de l'éloquence. S'il ne supprime pas l'étude du français, il y ajoute celle de l'allemand; il insiste particulièrement sur la formation militaire, puis sur l'éducation religieuse et morale, écartant les questions de dogme, et réclamant avant tout des vertus pratiques, de bonnes habitudes. L'instruction de 1718 et un règlement ultérieur pour l'emploi du temps, les jours de semaine et le dimanche, constituent une sorte de manuel du parfait prince royal dans la Prusse du dix-huitième siècle. Le roi ne se soucie pas de la culture en général, mais de celle qui sera nécessaire à son héritier; il entend que celui-ci soit, non pas un philosophe, mais un homme d'action réaliste, préparé à son métier d administrateur et de soldat.

Grâce à Duhan de Jandun et aussi à sa sœur ainée, Frédéric put pousser ses études plus loin que ne le comportaient les principes paternels, [lire les chefs-d'œuvre de l'antiquité, faire des vers et de la musique, apprendre le latin; tout cela déplut fort à Frédéric Guillaume qui punit plus d'une fois de coups de canne les exercices proscrits, et en voulut à son fils de ses efforts pour devenir « un bel esprit » , chose méprisable entre toutes à son avis. Les Mémoires de la margrave et la correspondance de Frédéric, contrôlés par les dépêches des ministres étrangers, permettent de suivre mois par mois, parfois jour par jour, les germes du conflit entre le père et le fils, d'où devaient découler tant de drames; plus tard, devenu roi, Frédéric se rappelait avec terreur certaines scènes de violence et en rèv^ait la nuit! Il avait à peine quinze ans que son père, mécontent de ses goûts et de ses idées, ne trouvant pas en lui l'étoffe d'un futur roi de Prusse, le soupçonnant aussi peut-être de diverses intrigues dissimulées avec une

Page 1