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COLONEL ET FIANCE

a dit comment il parut subitement à ses yeux, le 23 novembre 1731, au milieu d'un bal, avec un air froid et fier qui la peina ; le malheur avait endurci et desséché son cœur; peut-être en voulait-il à sa sœur d'avoir épousé " un gredin» , peut-être aussi, se sentant surveillé par le roi, craignait-il de faire un faux pas. Il lui restait en effet à obtenir une faveur capitale, sa réintégration dans l'armée; il la réclamait depuis six mois, sachant bien que, si son père lui rendait son épée, ce serait le véritable gage du pardon. Sur la prière du prince d'Anhalt et d'autres généraux, le roi promit de donner bientôt au prince un régiment en garnison à Ruppin; quand il repartit pour Custrin, le 4 décembre, Frédéric portait l'habit bleu et était « colonel désigné » .

Une dernière épreuve l'attendait, avant la réconciliation complète : Frédéric Guillaume voulait le marier, comme sa sœur, avec un parti de son choix ; ayant renoncé à une princesse anglaise, et sa politique le poussant vers l'Autriche, il avait jeté son dévolu sur une nièce de l'impératrice, Elisabeth Christine de Brunswick-Bevern, fille du duc Ferdinand Albert II, avec lequel il était très lié. Il en était question depuis décembre 1730, et Grumbkow, d'accord avec l'ambassadeur impérial Seckendorf, s'était fait charger par le roi d'en parler au prince dès le mois de juin 1731. Frédéric avait regimbé. Plein de préventions contre la princesse, qu'il croyait « laide et niaise ", il avait dit qu'il la « planterait là " , aussitôt qu'il pourrait. Malgré cette sortie et d'autres semblables, il sentait qu'il ne résisterait pas à la volonté paternelle . Le 4 février 1732, celle-ci se révéla clairement dans une lettre qu'une estafette apporta de Potsdam à Custrin, lettre affectueuse dans la forme pour le « cher fils Fritz » , mais catégorique et impérieuse au fond : le roi déclarait la princesse de Bevern » bien et modestement élevée » , pas belle mais pas « affreuse » (hàsslich) non plus ; elle craignait Dieu, « ce qui était tout » ; il la jugeait donc propre à devenir » une belle-fille comme il faut » fordendichj et terminait en la traitant déjà de « fiancée " .

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