L'ARMEE ELECTORALE
toutefois noter des efforts continuels pour en faire une armée nationale : c'est, à la fin de 1088, l'ordre donné aux provinces de fournir les hommes nécessaires, puis, après le retour au système du racolage, la patente de janvier 1691 et le règlement provisoire du 24 novembre 1693; ces deux actes fixent à chaque officier recruteur un certain domaine, où les cercles sont tenus de livrer, moyennant une prime de 2 tha- 1ers par homme, un nombre déterminé de recrues. Ni la composition, ni l'armement, ni la discipline ne sont changés, mais une troisième compagnie d'invalides est constituée en 1693 (à Gtistrin, puis Landsberg) , et on cherche à augmenter les garanties de la justice militaire, en soumettant à un examen les futurs auditeurs (juges militaires). La plaie de cette armée est la désertion, contre laquelle fulminent les édits : on promet une récompense de 2 thalers en 1688, de 5 thalers en 1693, à qui livrera un déserteur, mais les remèdes sont insuffisants, et cela n'a rien d'étonnant avec la manière dont on enrôle ; ne voit-on pas incorporer en 1688 deux maçons de Liinow pour non-observation du dimanche, et en 1696 un aide-drapier de Ziillichau, condamné d'abord pour adultère à trois ans de bannissement (1). Le soldat est d'ailleurs brave et résistant, et La Rosière en fait l'éloge en 1694. Il n'en est pas de même du corps des officiers, qui ne présente aucun grand nom : le maréchal Derfflinger, presque infirme, se retire après une dernière campagne en 1690; le maréchal de Schomberg passe au service du roi d'Angleterre, Adam de Schœning au service saxon; après eux, on ne peut guère citer que des hommes de second plan : le brave colonel de Natzmer, qui s'est évadé deux fois des prisons françaises et parle rudement, même à l'électeur; le vieux Spaen, dont se moquent les soldats; le feld-maréchal Flemming que La Rosière dit « un très pauvre homme » , pesant' et goutteux (2) ; Albert de Barfuss, qui devient général d'in-
(1) Cf. A. B., R. *9a et R. 47 n2t.
(2) Fieiuming est emprunté à la Saxe, au moment où celle-ci prend Schœnins.
SITUATION FINAiNGIÊRE 37
fanlerie en 1692, divers réfugiés français qui savent assez bien leur métier. Léopold d'Anhalt-Dessau, colonel d'un régiment brandebourgeois à dix-huit ans en 1694, ne peut que faire prévoir, par son endurance et son entrain belliqueux, ce qu'il sera plus tard. Le pis est que les généraux se jalousent et se disputent outrageusement, aucun n'ayant l'autorité suffisante pour s'imposer; les querelles de Schœning, de Ménard de Schomberg et de Barfuss durant le siège de Bonn, en 1689, nuisent fort aux opérations.
Il n'y a pas grand chose à dire de la marine militaire, évaluée en 1689 à 12 vaisseaux, armés de 300 canons; elle ne peut guère servir qu'à la guerre de course, et malgré le zèle de Raule, qui continue à la diriger, le manque d'argent va la faire disparaître.
La situation pécuniaire est, en effet, loin de s'améliorer, en dépit d'une administration plutôt digne d'éloges. Les principes posés sous le Grand Électeur et qu'un mémoire saxon de 1688 résume en ces termes : « bien réfléchir et exécuter rapidement, bien récompenser et punir sévèrement " , demeurent en vigueur. Mais le nouveau gouvernement ne trouve en caisse aucune somme disponible (1), et les charges sont trop lourdes pour l'étendue des territoires comme pour le nombre des habitants. Danckelman et ses excellents collaborateurs en matière de finances, Knyphausen, Christian Frédéric Kraut, Henri Portz, sont débordés; ils ne peuvent faire face aux besoins que par de fâcheux expédients; ils sont même acculés au déficit et exposés pour ce résultat inévitable à des attaques aussi violentes qu'injustes.
De 1688 à 1697, le budget des dépenses ne cesse de s'enfler : l'entretien de l'armée est très onéreux, malgré les subsides promis par les alliés du Brandebourg; celui de la cour l'est presque autant sous un prince qui met son amour-propre à avoir un train de maison presque royal, à embellir sa capitale de constructions somptueuses, à éblouir par ses largesses
(1) « Keine Baarschaften « , selon le mot de Fuchs dans une relation du 6 août 1688 (A. B., Rep. XI, 73-75, conv. 10).