LÉOPOLD D'ANHALT-DESSAU
réfugiés, et le personnel diplomatique étranger, on n'y voyait guère que des officiers et des fonctionnaires.
Au premier rang, qui leur fut d'ailleurs officiellement attribué par la nouvelle ordonnance de cour, venaient les généraux, et au-dessus d'eux tous une personnalité particulièrement éminente, celle du prince Léopold d'Anlialt-Dessau. Le «vieux Dessau » , qu'on appelait communément « la Barbe » , bien qu'il ne portât plus que la moustache, avait déjà joué un rôle sous le règne précédent, et devait en jouer un au début du suivant, mais c'est au temps de Frédéric Guillaume I" qu'il a joui de la faveur la plus éclatante, comme il a eu l'activité la plus féconde : considéré par le roi comme un ami, et correspondant régulièrement avec lui lorsqu'il n'était pas à ses côtés, il a été mêlé à tous les événements de quelque importance, comme à la plupart des intrigues de cour et à la vie intime de Frédéric Guillaume.
Son extérieur était celui d'un soudard, et la plupart de ses portraits le représentent bardé de fer : il avait le corps grand, la tête carrée, et son visage glabre avec une grosse moustache, un grand nez et des yeux sévères, sous des sourcils épais, reflétait la placidité d'une àme pleine de sang-froid et de rudesse (1). Frédéric II, qui a su apprécier ses grandes qualités, a dit « qu'il n'en avait guère de bonnes » ; tout en reconnaissant qu'il était le seul général de son père capable de commander une armée, il a vu chez lui un caractère «violent " , des mœurs « féroces " , une ambition « démesurée » ; il l'a qualifié d'heureux guerrier et de mauvais citoyen. La dureté du jugement s'explique par les souvenirs désagréables que le royal historien gardait de sa jeunesse et d'un règne où Léopold était quasi tout-puissant ; il appréciait les services rendus par le soldat et l'administrateur, mais il en voulait au favori qui l'avait mollement protégé en 1730; au compagnon de chasse et de table de Frédéric Guillaume qui s'associait à tous les divertissements détestés, et poussait le roi, selon le
(1) Tel le représente notamment une toile d'Antoine Pesne.
LE PIIINCE LÉOPOLD DE DE-SSAU, VERS 1740 l'ur PfSiie.