‹ Histoire de PrusseChapitre 265 sur 410 · LES DISTRACTIONS DU ROI · texte numérisé non relu

LES DISTRACTIONS DU ROI

géants. C'étaient aussi les revues, qu'il passait d'ordinaire au printemps, à Tempelhof, aux portes de Berlin, comme son dernier descendant, l'Empereur Guillaume II (1). La margrave de Baireuth a décrit une de ces grandes revues à laquelle elle assista en 1733 : malgré Theure matinale et une chaleur torride, plus de quatre-vingts carrosses remplis de dames s'y étaient rendus, et Wilhelmine, indisposée, dut rester, sans manger ni boire, de cinq heures du matin à trois heures de l'après-midi, abritée sous une tente de toile avec la reine et toute la famille royale : les dames souffraient le martyre, mais le roi rayonnait de joie et d'orgueil, en voyant défiler 22 000 hommes. Il était un peu gris à la fin de l'après-midi, ayant traité tous les généraux et colonels.

Parades et revues étaient certes des divertissements pour un roi de Prusse, mais elles faisaient aussi partie de ses devoirs professionnels. Le plus grand plaisir de Frédéric Guillaume dans la journée, surtout en automne et en hiver, était la chasse ; il l'aimait même à la folie, au point de faire pour cela des dépenses que réprouvait son avarice. Entretien de ses meutes et équipages, frais de repeuplement en perdrix (2) et en lièvres, achat de poudre et de plomb pour ses multiples armes à feu, dont on voyait encore, avant la dernière guerre, une importante collection à Wusterhausen, il acceptait tout pour satisfaire sa passion, quitte à chercher à se retrouver par de petites combinaisons, assez mesquines : il faisait cadeau de ses perdreaux à la reine, qui en vendait une partie, à charge de lui fournir des munitions; il forçait les bourgeois de Berlin à acheter les sangliers tués dans ses chasses; les juifs étaient taxés pour cela, et, ne voulant pas manger de cette chair impure, donnaient aux pauvres ou aux hôpitaux les quartiers qu'on leur avait assignés.

Le roi était bon tireur et chassait beaucoup au fusil. La

(1) Une des premières revues de Tempelhof parait avoir été celle du 13 mai 1726, mentionnée par Fassmann.

(2) Il écrivait à Anhalt en 1717 qu'il avait tué 210 perdreaux et espérait arriver à 3 000 ; il ordonnait en 1734 de prendre 3 000 perdreaux pour ses remises de Wusterhausen.

Page 1