MUSIQUE ET PEINTURE
tembre 1720, le roi écrit qu'il y a pas mal de perdreaux et que Grumbkow en a tué un, « c'est un miracle! » . Le kronprinz a souffert de cette mentalité, car il ne se plaisait pas à la chasse, et c'était un des griefs de son père contre lui. Chaque année, la Saint-Hubert (le 3 novembre) était célébrée à Wusterhausen par de copieuses libations, auxquelles Fritz ne prenait part qu'à son corps défendant. Grumbkow, qui supportait pourtant bien la boisson, s'en est plaint dans une lettre de novembre 1736 : après un diner éprouvant, pour la Saint-Hubert, le roi a tenu séance de deux heures à minuit, et dansé avec le bonhomme Flaus (un major général de 70 ans).
Les arts tenaient peu de place dans les journées du roi. Il n'était pas lui-même musicien, interdisait la flûte au kronprinz, et n'appréciait en fait de musique que celle des tambours et des trompettes. J'ai dit qu'il avait appris à peindre, mais la peinture était moins un plaisir qu'une diversion à ses souffrances quand il avait une crise de goutte ; d'où la fameuse formule dont il apostillait ses toiles : in tormentis pinxit F. W. C'était, en outre, un gagne-pain éventuel, car le roi envisageait toujours le côté pratique des choses, et il éprouva certainement une des plus vives satisfactions de sa vie le jour où un marchand de Berlin lui offrit, comme le raconte Morgenstern,une pistole de chacun de ses tableaux. L'offre était sans doute une manoeuvre flatteuse, car la margrave a dit assez justement que le roi " barbouillait » plutôt qu'il ne peignait.
Si la chasse était la grande distraction de la journée, la " tabagie » était celle du soir. La tabagie ( Tabaks-Collegium ou GeseilschafiJ était à la fois un divertissement et un repos ; c'était encore davantage : un endroit où le roi prétendait oublier sa royauté, vivre comme un simple mortel au milieu de ses semblables, sans leur inspirer ni frayeur ni respect, où il permettait à quelques intimes de discuter librement avec lui, où il admettait même la contradiction, quitte à punir de coups de canne le contradicteur. Garlyle a appelé la tabagie « le parlement du tabac » , sans doute à cause de la liberté