LA TABAGIE
relative qui y régnait, mais, comme l'écrivait le kronprinz à Grumbkow, se moquant en mars 1 733 de la " Chambre roug^e » de Berlin et « de cette nuée de tabac qui compose la moyenne région d'air de la chambre » , ce « sénat » ne pouvait guère être comparé à celui de Rome, et pouvait « déchoir jusques au cabaret » .
A Berlin, Potsdam et Wusterhausen, ily avait une chambre spéciale pour la tabagie, et Ton a conservé au musée Hohenzollern de Berlin, ainsi que dans le petit château de Wusterhausen, les chaises rustiques, les tables et les pipes qui s'y trouvaient au temps de Frédéric Guillaume. La réunion était toujours restreinte : Anhsdt flaBarbeJ, Seckendorî (Germaîiicus) etGrumhkow f Biberius) Y venaient d'ordinaire quand ils étaient à la cour; le baron de Pœllnitz également, car le roi le regardait un peu comme un bouffon. Il y avait, en général, de cinq à dix personnes, présentes, des généraux, des ministres, des officiers, tous gens de confiance, le roi voulant dire tout ce qui lui passait par la tête. La séance commençait vers six heures du soir et se prolongeait rarement après dix heures. Devant chaque convive était une pipe d'argile et du tabac hollandais dans des corbeilles; de plus, un pot de grès plein de bière, et un verre. Pas de liqueurs. Quand on voulait manger, on trouvait dans la salle voisine du pain, du beurre, et de la viande froide ; par exception et à titre de grande réjouissance, le roi faisait apporter du poisson et de la salade qu'il accommodait lui-même. La consigne était de fumer : ceux qui ne fumaient pas, Seckendorf et Anhalt, à qui cela faisait mal au cœur, devaient au moins tenir une pipe à la main.
La tabagie était parfois le théâtre de discussions sérieuses, sur des sujets techniques militaires ou sur la politique ; c'était alors, selon le joli mot de M. Lavisse, « un conseil de gouvernement peint par Téniers « . D'ordinaire on y débitait force plaisanteries, souvent grossières, on rivalisait de bons mots pour faire rire le roi, et on se grisait affreusement.
C'est pour donner à la tabagie le caractère facétieux qui