COUR FAMILIALE ET MILITAIRE
Auguste Guillaume, sous peine du fouet, de demander la grâce du soldat; on voit alors le garçonnet embrasser et cajoler son père, qui devine qu'il désire quelque chose : (i Oui, papa, ne fais pas pendre le grand gars qui s'est enfui » . La reine et les autres convives font chorus, et Frédéric Guillaume, après avoir dit d'abord que c'était « bien difficile » , finit par céder. Les conversations, sur la religion où le roi nie les différences entre la confession réformée et le luthéranisme, sur la chasse à courre qu'il défend contre les attaques du pasteur, ses aveux de mauvais caractère, ses regrets de boire trop malgré ce qu'il s'est promis, tout montre Frédéric Guillaume au naturel et, pour ainsi dire, en dehors de sa royauté.
La (I chétive cour » , pour employer un mot du kronprinz Frédéric, qui se mouvait dans le cadre que je viens de décrire, restait toujours simple, avec plus de solennité à Berlin, plus de fanfares guerrières à Potsdam, plus de rusticité à Wusterhausen ; elle se distinguait de toutes les autres cours d'Europe par son caractère à la fois familial et militaire. Quoi de plus familial que cet intérieur, où les enfants, élevés sous la surveillance des parents, prennent leurs repas avec eux, où la reine mène son ménage et vit entourée de ses filles, qui se montrent sans apprêts, les cheveux simplement relevés sur la tête, où le roi, quand il travaille, met des manches de lustrine et un tablier, où il s'entretient familièrement avec les ministres étrangers ! Fassmann dit que l'ambassadeur français, comte de Rottembourg, regretta bien, quand il passa de Berlin à Madrid, la facilité de cette vie sans façon. Quoi de plus militaire, d'autre part, que ce milieu, où l'uniforme domine, où les civils portent des costumes courts et ajustés, avec de petits chapeaux, où « l'on n'entend parler que de marche et contre-marche, de file et de rang » , où les dames mêmes s'occupent des régiments ! » Berlin" , dit une description anonyme de 1723, <' ressemble, non pas à une résidence, mais à une place-frontière, où le fort des habitants consiste dans la garnison... Ainsi l'on peut regarder les ministres