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LES FÊTES A LA GO DR

d'État comme des auditeurs (juges militaires) , les chancelleries comme des MusteT-Schreiher (commissions de recensement), les dames comme des blanchisseuses, des vivandières, des brandvinières, des cabaretières. . . » . Et s'il en était ainsi de Berlin, que penser de la capitale militaire, de Potsdam, où la parade des grenadiers était le rite essentiel de chaque jour! Les fonctions de courtisan étaient tout naturellement traitées « d'occupations d'idiots et de fainéants » . Tout le monde avait sa tâche et s'y appliquait, a Berlin» , a écrit Pœllnitz, (i n'est pas une ville où l'on doive chercher des plaisirs bien vifs : le roi ne les aimant point, chacun se conforme à ses volontés " .

La cour de Frédéric Guillaume eut cependant ses fêtes, mais ce fut presque uniquement en cas de mariage princier ou pour faire honneur à des hôtes de passage. J'ai déjà parlé des mariages, célébrés avec des festins et des bals, dont l'épisode caractéristique était la traditionnelle danse aux flambeaux (Fackelianz), sorte de « polonaise « où Ion se balance gravement, et qui, dit Pœllnitz, « a bien plus l'air d'une procession que d'une danse » . Les visites de têtes couronnées donnèrent lieu, au moins une fois, à des réjouissances plus pompeuses. Il n'y en eut guère, il est vrai, en septembre 1717, lors de la venue à Berlin du tsar Pierre le Grand, avec la tsarine et une nombreuse suite ; le tsar n'avait pas voulu de cérémonies, et son séjour dans les États prussiens, pour lequel Frédéric Guillaume avait destiné G 000 thalers, « pas un pfennig de plus » , n'en coûta que 3 127 ; malheureusement le château de Monbijou qu'il habita avec sa cour barbare fut dévasté : après son départ, c'était suivant Wilhelmine, « la désolation de Jérusalem » . La visite du roi Georges I" d'Angleterre à Charlottenbourg, en octobre 1723, n'entraîna pas plus de dépenses, mais il n'en fut pas de même de celle d'Auguste II, roi de Pologne et électeur de Saxe, en

Pour recevoir ce prince fastueux, qui lui était particulièrement sympathique, et chez lequel il venait d'être traité ma-

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gnifiquement, le roi de Prusse se mit en frais. Du 26 mai au 17 juin 1728, ce ne furent à Potsdam, Berlin et Charlottenbourg, que banquets, bals et concerts, sans oublier les revues et les cbasses dans les environs. Malgré le contraste, noté par la margrave, entre les superbes vêtements des Polonais et Saxons, et les uniformes étriqués des Prussiens, « si courts qu'ils n'auraient pu servir de feuilles de figuier à nos premiers pères, et si étroits qu'ils n'osaient se remuer de crainte de les déchirer u , le roi de Prusse et sa suite ne firent pas trop mauvaise figure; les bals et illuminations furent splendides, les repas cossus et arrosés d'excellents vins. Les deux rois sacrifièrent ensemble à Bacchus, et scellèrent leur amitié dans des diners en tête en tête, à la « table de confidence >' que Frédéric Guillaume avait fait établir à Berlin et à Potsdam, à l'imitation de Dresde, et qu'un mécanisme ingénieux permettait de descendre et de remonter pour les besoins du service, sans qu'on eût aucun domestique dans la pièce. Le « patron " , c'était le surnom d'Auguste II, repassa en janvier 1733 par les États du « compatron » prussien, mais sans pousser jusqu'à Berlin. Frédéric Guillaume le fit saluer et traiter à Grossen, sur la frontière de Silésie, par Grumbkow qui festoya tellement avec lui (six heures de suite le premier jour) que sa santé en fut ébranlée ; quant au roi de Pologne, il n'en revint pas, et mourut en arrivant à Varsovie.

La brillante réception faite à Auguste II fut une exception. Le duc de Lorraine, François Etienne, fut reçu très simplement en 17 32. Trois ans après, en 1735, le roi Stanislas Lesczinski, le beau-père de Louis XV, rival malheureux d'Auguste II et d'Auguste III en Pologne, « le roi de Bar » , disait Frédéric Guillaume, traversa Berlin incognito^ sous le nom de Blamont; cela excluait les cérémonies : un grand diner, « très magnifique et moins ennuyeux que ne le sont d'ordinaire ces festins d'apparat " , fut donné chez le ministre de France, La Chétardie, mais les deux rois se bornèrent à se réunir dans l'intimité pour fumer et boire ensemble, notamment un jour, de sept heures du soir à deux heures du matin.

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