‹ Histoire de PrusseChapitre 275 sur 410 · LA COUR DU ROI SERGENT · texte numérisé non relu

LA COUR DU ROI SERGENT

Frédéric Guillaume. Si elle semble magnifique à Wilhelmine, c'est en comparaison de la misérable cour de Baireuth. On est loin du temps où Frédéric I", le roi gentilhomme, donnait à tous l'exemple du bon ton, où les châteaux de Berlin et de Charlottenbourg^ étaient le théâtre de fêles splendides et d'un luxe vraiment royal. Sous son fils, l'homme le plus simple et le plus naturel qui ait été peut-être, mais aussi le plus rude, il reste peu de place pour la politesse et l'élégance. Le monarque met le militaire et l'économie au-dessus de tout, se fait gloire d'avoir des manières et des goûts de soldat, terrorise sa femme, ses enfants, tout le monde, sans excepter personne de sa méfiance, car il craint toujours d'être dupe. La reine, très effacée, n'ose rien prendre sur elle; elle intrigue tout bas, mais cède toujours en face du roi. La famille royale est durement tenue : deux des enfants au moins, les aînés, ont été de vrais martyrs jusqu'à leur majorité. Les courtisans sont corrects et froids en apparence, cyniques et débauchés en secret; beaucoup cherchent à tirer parti des manies du roi et y réussissent, Berlin, dont Fritz rêve de faire une nouvelle Athènes, n'est encore qu'une ville de second ordre où le principal plaisir est celui de la table. Wusterhausen n'est qu'un pavillon de chasse où Frédéric Guillaume mène la vie de gentilhomme campagnard. Potsdam est le Versailles de la Prusse, mais c'est un Versailles sans dames, presque une caserne. Dans ses trois résidences ordinaires, le roi a façonné choses et gens à sa g'uise : milieu, personnel, occupations et distractions, tout proclame qu'on est à la cour du Roi Sergent.

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