LA POLITIQUE EXTÉRIEUEE DE FRÉDÉRIC GUILLAUME I
Le second roi de Prusse a eu une politique extérieure très active, parfois fructueuse, en général peu habile. Sa nature, on l'a déjà vu, était beaucoup trop simple et fruste pour comprendre et surtout pour prévoir les combinaisons compliquées auxquelles se plaisaient les hommes d'État et les diplomates de son temps. Dominé par des préventions invétérées ou par des impressions du moment, dont son tempérament impulsif ne lui permettait pas de secouer l'influence, il ne pouvait avoir qu'une politique à courtes vues. A lui plus qu'à tout autre souverain doit s'appliquer le jugement de Machiavel sur Maximilien I", que chaque homme et chaque chose a pu le tromper au moins une fois.
Dès qu'il lui faut sortir de certaines idées qu'il s'est faites, de certains principes qu'il s'est forgés, dès qu'il se trouve en présence de contradictions, de facteurs nouveaux, de solutions imprévues, le voilà perdu et prêt à battre la campagne : il se croit sans cesse trahi ou dupé, et il n'a pas tout à fait tort; sa méfiance englobe alors tout l'univers. Il maudit, dans son style pittoresque, les « quadrilles » où il sait si mal faire sa partie; il peste contre les manœuvres d'un Dubois, d'un Alberoni, d'un Bernstorlf, contre les volte-face de la cour impériale, contre les intrigues qui se trament à sa propre
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cour, intrigues de la reine et de ses enfants qui négocient au dehors à son insu, intrigues de ses ministres qui ne sont pas incorruptibles, intrigues des agents étrangers accrédités auprès de lui. Il va, en août 1714, jusqu'à vouloir interdire à ses ministres d'avoir des entretiens particuliers avec les représentants des autres puissances; il l'interdit même par un règlement qu'il est forcé, il est vrai, d'abandonner quelques mois plus tard. S'il est exagéré de dire, comme La Ghétardie, qu'il ne prend de résolution « que par boutade ou emportement » , il est certain qu'il agit mainte fois de la sorte, s'oubliant de la manière la plus fâcheuse, et s'en repentant le moment d'après. D'ailleurs la complexité des événements européens auxquels il est mêlé rend impossible une ligne de conduite nettement orientée.
Dans ces conditions, sa politique extérieure apparaît hésitante et changeante, sauf de 1728 à 1738, à l'époque de l'alliance impériale. Sans doute, pour lui comme pour son aïeul, le Grand Électeur, le mobile tout-puissant reste l'intérêt direct, immédiat, de son État, mais le difficile est de discerner la voie à suivre au milieu des imbroglios déconcertants : aussi fait-il souvent fausse route, quitte à se dédire assez vite et à changer son fusil d'épaule.
En dépit de ces incohérences, on peut établir quatre périodes distinctes dans l'histoire de ses relations avec les puissances étrangères. 1° De 1713 à 1721, c'est la liquidation du passé, la signature de la paix avec la France qui met fin à la guerre de l'ouest, l'arrangement des affaires du nord, après huit ans de difficultés, par une sorte de démembrement de la Suède vaincue; 2° de 1721 à 1728, c'est une série d'évolutions rapides qui font passer la Prusse à tour de rôle dans les deux grands partis en lutte pour la prépondérance en Europe, tantôt du côté de la France et de l'Angleterre, tantôt du côté de l'Empereur et de ses aUiés; 3° de 1728 à 1738, le roi s'étant décidé pour l'alliance impériale, lui demeure fidèle durant dix ans, malgré de cruels déboires; 4" enfin, de 1738 à 1740, après avoir été outrageusement dupé par l'Autriche
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qui abuse de son loyalisme germanique et de sa crédulité, Frédéric Guillaume se retourne vers la France ; il meurt au moment de conclure peut-être avec Louis XV une alliance étroite, et ce revirement in extremis détermine un changement radical dans la politique prussienne.