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LA LIQUIDATION DU PASSÉ

Durant la première période du règne, la direction des affaires étrangères, soi-disant attribuée à trois ministres, Dohna, Printzen et Ilgen, appartint à peu près exclusivement à Ilgen. Lorsque Frédéric Guillaume s'absenta de Berlin, en août 1714 et en avril 1715, il rédigea des instructions qui semblaient remettre les affaires secrètes à Printzen et Greutz, sous le contrôle de la reine, à laquelle « tout serait dit » ; mais ce ne furent que des mesures passagères. Un mémoire

(1) Sources : Documents manuscrits des Archives de Berlin (A. B.), notamment des Registratmbiicher (Piiblica), et des Archives des Affaires étrangères (A. E.), Correspondance de Brandebourg-Prusse, t. XLIII ss.

Recueils de documents déjà cités aux chapitres iv du livre I ■■ et i"' du livre III, surtout Dumo:nt, Corps diplomatique ; Martels, Traite's de la Russie; Recueil des instructions aux ambassadeurs et ministres de France (t. XVI, Prusse, 1901) ; les documents cités aux trois chapitres du livre IV, surtout les Acta Borussica (Behcerden organisation et correspondance du roi avec Anhalt), elle Testament politique de 1722 (édition KUntzel et Hass, 1911); en outre : les documents publiés par Droysex, Preussische Politik, IV, 4, et par Foerster ; avant tout, Loewe, Preussische Staatsvertràge ans der Regierungszeit Kôniq Friedrich Wilhelms I, dans les publications des Archives de Prusse, t. LXXXVII, Leipzig, 1913.

Mémoires et ouvrages du temps cités dans les trois chapitres du livre IV, surtout Frédéric II, la Margrave, Fassmann et Pœllnitz.

OtJ'S'BAGES et travaux : Les ouvrages cités aux chapitres iv du livre I" et i" du livre III, surtout ceux de Drotsks, Preuss. Politih, k* partie, d'IsiMiCH (Europàisches Staatensystem), et de V. Rehtmeyer (Das polit. Testament von 1722); et en outre : les ouvrages déjà cités de Foerster et Lwisse; Legrelle, La Diplomatie française et la succession d'Espagne, t. IV, 1892; Baudrillart, Philippe V et la cour de France, 1889 ss. ; E. Bourgeois, la Diplomatie secrète au dix-huitième siècle, ses débuts (1716-1723), 3 vol. in-8°, Paris (sans date); Wehrmann, Geschichte von Pomjnern, t. II, Gotha, 1906; Chance, The baltic expédition and northern treaties of 1715 et The northern question in 1716, trois articles dans VEnglish historical review, t. XVII (1902), XVIII et XIX (1903-1904),

LE MINISTERE D'ILGEN 38S

d'Ilgen, du 21 août 1714, prouve qu'il avait déjà alors la haute main en la matière, ne communiquant les questions secrètes qu'à Dohna et Printzen, confiant les affaires de l'Empire au conseiller Plotho, un spécialiste, et s'occupant seul des relations étrangères avec le secrétaire Thulemeier, westphalien comme lui, habile homme que le roi en 1722 jugeait digne de prendre un jour le ministère. Quatre ans après, l'autorité d'Ilgen fut confirmée et augmentée par un ordre royal du 16 septembre 1718 : il lui était permis de communiquer à Printzen et à quelques autres conseillers secrets réels les affaires de l'Empire, mais pour ce qui concernait les affaires secrètes et la correspondance avec les puissances étrangères, personne ne devait les connaître en dehors de lui et de son gendre Knyphausen, diplomate expérimenté dont Frédéric Guillaume appréciait le jugement, tout en l'estimant « moins solide » que celui du beau-père. Ilgen peut être regardé dès lors comme un véritable ministre des affaires étrangères. Les factions qui devaient dans la suite se partager la cour, faction impériale et faction anglaise surtout, n'existaient pas encore ou du moins n'étaient pas organisées : à peine si de vagues sympathies rapprochaient la reine et Ilgen de l'Angleterre, Grumbkow et Anhalt de l'Empereur, Knyphausen de la France. Les années 1713 à 1721 comptent parmi les moins agitées dans la vie de la cour de Prusse; ce sont peut-être celles où l'intérêt de l'État se trouva le plus facile à reconnaître, où Frédéric Guillaume eut le moins de peine à résoudre les problèmes extérieurs.

La situation léguée par son père était loin d'être brillante. Frédéric I" s'était engagé à fond dans la guerre de succession d'Espagne, à la solde de l'Empereur et des puissances maritimes; il n'avait jamais osé, en dépit des avantages qu'il eût pu en retirer, se mêler à la guerre du nord-est, entre la Suède et ses ennemis coalisés (Russie, Saxe, Pologne, Danemark). Frédéric Guillaume subit au début les conséquences de cette politique; il sut, grâce à Ilgen, s'en dégager sans en trop souffrir, et tirer le meilleur parti possible des

TRAITÉ D'TJTRECHT (il AVRIL 1713)

deux grandes guerres qui sévissaient sur ses frontières. Il commença par liquider l'aventure occidentale. Un congrès européen siégeait à Utrecht, et en février 1713 l'Angleterre et les Provinces-Unies étaient sur le point de conclure, en dehors de l'Empereur, une paix séparée avec France et Espagne. Frédéric I", malgré son dévouement à l'Autriche, avait mis aussi sur pied une convention spéciale, destinée à compenser la perte de la plus grande partie de l'héritage oranien, qu'il réclamait en vain depuis 1702 : il s'était fait promettre « en toute souveraineté " le liaut quartier de Gueldre sur les deux rives de la Meuse, avec la place forte de Venloo. Le jeune roi acheva cette négociation que les scrupules de son père auraient probablement compromise. Il comprit que les puissances maritimes ne retarderaient pas leur signature pour lui, et que l'Empereur refuserait de laisser rompre le lien de vassalité qui unissait la Gueldre à l'Empire ; bref, il ordonna à ses plénipotentiaires, Dœnhof, Metternich et Marschall de Biberstein, défaire les concessions nécessaires et de conclure. Le 11 avril 1713, sous la médiation de l'ambassadeur anglais, lord Strafford, jadis envoyé à Berlin sous le nom de lord Raby, le traité séparé de la Prusse avec la France fut signé à Utrecht. En échange de la cession à Louis XIV de la principauté d'Orange et de certains biens en Franche-Comté, Frédéric Guillaume obtenait la reconnaissance de la dignité royale, acquise en 1701 par son père, avec le titre de Majesté (article séparé), la reconnaissance de sa souveraineté sur Neuchatel et Valengin (article 9), et, comme agrandissement territorial, une partie du haut quartier de Gueldre, à cheval sur la Meuse, non loin du duché de Clèves (articles 7 et 8). C'était, moins Venloo et quelques localités que le traité de la Barrière de novembre 17 15 devait livrer aux Hollandais, la partie de l'ancien duché de Gueldre, restée depuis le seizième siècle sous la domination de l'Espagne, tandis que les trois autres quartiers appartenaient à la République des Provinces- Unies. Les habitants (50 000 environ) étaient catholiques, et le pays ne comprenait que de très petites villes (Gueldres,

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