‹ Histoire de PrusseChapitre 28 sur 410 · REVENUS ET MONNAIES · texte numérisé non relu

REVENUS ET MONNAIES

tentent des réformes et obtiennent d'importantes plus-values. En 1689 on songe à affermer héréditairement les moulins dans les Aemtern; la mesure, d'ailleurs détestable, n'est pas adoptée, mais Knyphausen fait triompher partout le système de la ferme sur celui de la régie. Dans les Marches, il diminue les frais de gestion, protège les fermiers qui paient davantage sans être gênés, augmente le domaine par des achats, tel celui de YAmt Neustadt-sur-la-Dosse en 1694. Dans les pays de Glèves-Mark, le maître des comptes (RechenmeisterJ , Jacques am Eiide, rédige un rapport en 1689 sur le rendement des domaines, et une commission d'enquête dirigée par Walter, le secrétaire de \a.Hofkamjner, travaille de 1691 à 1698 : elle réussit à affermer les vingt-deux ou vingt-trois trésoreries (Schliitereien) de la région et à élever presque du triple leur produit (de 23 458 thalers en 1691-1692, à 65 659 en 1697-1698). En Prusse, la ferme de l'ambre est donnée pour dix ans à Benjamin Raule, qui passe à ce sujet un contrat avec quatre entrepreneurs de Danzig(juin 1688). En huit ans le revenu des domaines est doublé. Les autres revenus sont en hausse, notamment celui de l'accise, qui est généralisée, et réussit dans toutes les provinces, sauf à Minden à cause de l'inertie des habitants ; dans les villes de résidence, l'accise rapporte déjà plus de 60 000 thalers.

Danckelman a moins de succès dans ses tentatives pour régler le titre des monnaies. En vain négocie-t-on avec certains États voisins et adopte-t-on en 1690, d'accord avec l'électeur de Saxe et les ducs de Brunswick, le « pied » ou titre de Y.e\\)z\p (Leipziger FussJ, qui exige dans le thaler un douzième de marc d'argent pur. Beaucoup de monnaies de contrebande continuent à circuler dans l'électorat, et même la frappe officielle, exécutée à Berlin, Magdebourg et Kœnigsberg, nest pas exempte de reproches. Les monnaies divisionnaires sont particulièrement suspectes , d'autant plus qu'elles varient avec les territoires, Groschen brandebourgeois dans les Marches et polonais en Prusse, Schillinge en Poméranie, Stûher hollandais dans le duché de Glèves ; j'en passe et des plus courantes.

40 LES J5ÉFUGIÉS FUA^vÇAIS

En matière de finances, le résultat a mal répondu aux efforts et à l'habileté des ministres; ceux-ci ont été plus heureux dans les autres branches de l'activité économique.

Un fait capital à ce point de vue s'est produit sous le rég^ne précédent ; il se prolonge alors et porte ses principaux fruits. C'est l'établissement dans les possessions électorales de plusieurs milliers de colons étrangers, fuyant la persécution religieuse. Frédéric III, comme son père, ouvre largement ses États aux huguenots, aux Vaudois, aux «Wallons» , que chasse l'intolérance de Louis XIV, du duc de Savoie, de l'électeur palatin. Les réfugiés français sont de beaucoup les plus nombreux ; ils forment des colonies importantes à Wesel , à Magdebourg et Halle, à Berlin, dans les Marches, en Prusse. Un document de 1699 (ColonielisteJ en énumère près de 10 000, en dehors de ceux qui servent à l'armée. Ce sont aussi les plus utiles. Le général de Nalzmer les juge « de très braves gens » , et si Dohna critique leur vanité, si les Berlinois les regardent parfois comme des rivaux incommodes, le gouvernement ne peut que se féliciter de leur venue : ils apportent leur intelligence, leur génie industrieux, leurs vertus d'honnêteté laborieuse et de vaillance; ils apportent aussi des capitaux, ce qui n'est pas à dédaigner dans un pays pauvre; Jurieu n'a-t-il pas évalué à 200 écus en moyenne la somme que chaque émigré a sur lui ! Aussi toute une organisation est-elle instituée pour les secourir, pour les protéger et les encourager. A Joachim Ernest deGrumbkow, qui en 1685 a été chargé de la diriger, Frédéric III adjoint Spanheim en 1689 ; puis il confie ce soin en 1 690 à Alexandre de Dohna et à Daniel Ludolf Danckelman. La colonie française a ses écoles, avec un collège à Berlin depuis 1689, ses juges qui en 1690 sont groupés dans deux tribunaux [Oher et Untergericht àe Berlin) et rendent la justice en français (1), ses pasteurs soumis à une K commission ecclésiastique » (depuis 1694) et ses églises, son hôpital qui date de 1687 et sera complété par

(1) Voire bientôt d'après une procédure spéciale, de 1699.

Page 1