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PRISE DE STETTIN

de la campafjne de Poméranie, rédigé en français par un témoin oculaire, et publié par Droysen, donne le détail des opérations, dont le comte de Croissy, expédié au plus vite par Louis XIV, ne put retarder le cours foudroyant : expulsés des îles d'Usedom et deWollin en juillet et août, deniedeRûgen en novembre, les Suédois ne réussirent pas à sauver Stralsund. Charles XII s'échappa de nuit par mer sur un petit bâtiment, et deux jours après, la ville capitula (24 décembre). P>édéric Guillaume, dans sa joie, oublia son avarice, et fit de riches cadeaux aux officiers qui l'avaient secondé. La Poméranie entière était aux mains des coalisés. Comme, d'autre part, les Danois, maîtres de Brème et de Verden, les avaient vendues à l'électeur-roi Georges I" (octobre 1715), et que le port de Wismar en Mecklembourg fut occupé en avril 1716 parles Danois et les Hanovriens, la conquête de toutes les possessions suédoises d'Allemagne se trouva réalisée.

Le résultat, bien que provisoire, était important pour tout l'Empire, et particulièrement pour la Prusse : non seulement celle-ci occupait un port sur la Baltique (Stettin) , très supérieur à tous ceux de la Poméranie postérieure, et un territoire depuis longtemps convoité, mais encore elle était débarrassée de la menace perpétuelle d'une invasion. La Suède ennemie ne semblait plus guère redoutable, et le tsar allié, qui songeait peut-être à dominer l'Allemagne, voyait ses plans déjoués, sans pouvoir trop s'en formaliser; ses troupes étaient arrivées trop tard pour participer à l'occupation des territoires conquis. Cependant, de ces ambitions déçues, devaient sortir de nouveaux périls.

Les affaires de Mecklembourg en furent l'occasion. Là régnait depuis 1713 le duc Charles Léopold de Schwerin, prince dur et autoritaire, grand admirateur de Charles XII dont il imitait les manières arrogantes, et ne songeant, comme son frère et prédécesseur, qu'à exploiter ses sujets, paysans, bourgeois et nobles; sans mœurs ni scrupules d'ailleurs; prêta épouser, au mieux de ses intérêts, une archiduchesse catholique ou une grande-duchesse russe, après avoir répudié

394 AFFAIRES DE MEGKLEMBOURG

en 17 10 sa première femme, une princesse protestante de la maison de Nassau-Dietz, une cousine de Frédéric Guillaume. Abandonné par ses vassaux en 1714 et 1715, il avait réuni quelques milliers de mercenaires et en avait appelé à l'Empereur contre les confédérés du nord, dont les troupes ne cessaient de traverser et de ruiner ses États. Le Conseil aulique, qui l'avait menacé en 1715 à cause de ses exactions à Rostock, le prenait sous sa protection en 1716, sans doute pour faire pièce à la Prusse, quand Charles Léopold, par une évolution imprévue, se jeta dans les bras de Pierre le Grand.

Le tsar était en route de Rig^a, par Memel, vers l'ouest, avec l'idée d'acquérir, si possible, une base politique et militaire dans l'Allemagne du Nord. Le Mecklembourg lui semblait bien placé pour cela, et il voyait déjà le duc lié à sa fortune par un mariage avec une de ses nièces, et lui ouvrant ses ports sur la Baltique. La chute rapide de Wismar, devant laquelle il n'avait qu'un corps d'avant-garde sous Repnin, permit au général danois Dewitz d'exclure les Russes des troupes d'occupation. Pierre apprit la nouvelle avec colère, au moment où il venait de célébrer à Danzig, le 19 avril, le mariage de sa nièce Catherine hvano\vna avec le duc de Mecklembourg. Sans doute, après avoir pesté contre ses alliés, il jugea plus sage de les ménager : Frédéric Guillaume faisait le fier et proférait des menaces; il l'invita à une entrevue à Stettin (mai 1716) et l'apaisa, d'autant plus aisément que le roi ne demandait qu'à demeurer en bons termes avec lui; il renonça même à obtenir un contingent prussien pour une expédition par mer en Scanie. Toutefois son intervention en Mecklembourg où il favorisait les visées despotiques de Charles Léopold et où les Russes pillaient le pays, restait un sujet de graves préoccupations. Ne disait-on pas, en outre, que le comte de Goertz, passé du service holsteinois au service suédois, travaillait avec le duc de Mecklembourg à réconcilier Suède et Russie ! Le roi de Prusse que le Hanovre et la Saxe soutenaient mal et auquel l'Empereur en voulait de ne pas te

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