LA SITUATION EUROPÉENNE
Les circonstances ne tardèrent pas à déjouer cet espoir. Une foule de problèmes se posaient, en effet, très difficiles à résoudre, qui d'un moment à l'autre pouvaient provoquer une guerre générale. L'Empereur Charles VI n'avait pas de fils et s'était décidé dès 1713 à promulguer un acte, célèbre sous le nom de Pragmatique Saîiction, en faveur de sa fille ainée, Marie Thérèse, appelée à recueillir un jour sa succession (1) : cet acte, ratifié par les États autrichiens, il s'agissait de le faire reconnaître par toutes les puissances européennes. D'autre part, maître des Pays-Bas depuis la paix de Rastadt, l'Empereur songeait à en faire ie point de départ d'un commerce actif avec l'Afrique et l'Asie ; à partir de 1717, des navires avaient été équipés par divers armateurs d'Anvers et d'Ostende, et des factoreries ou « loges» établies aux Indes et à Canton en Chine; enfin, une compagnie impériale et royale privilégiée avait été fondée à Ostende, en novembredécembre 1722. Les Anglais et les Hollandais voyaient de mauvais œil ces efforts pour créer une marine et développer ua commerce, destinés à leur faire en Orient une dangereuse concurrence; la France s'en préoccupait également et avait pris des mesures avec ses alliés contre la nouvelle Compagnie des Indes orientales. Enfin de graves différends subsistaient entre Espagne et Autriche, notamment au sujet des droits de l'infant don Carlos sur Parme et la Toscane, ainsi qu'entre Espagne et Angleterre au sujet de Gibraltar. Un congrès réuni à Cambrai avait été chargé de régler toutes ces questions, et avait fini par s'ouvrir en avril 1724, après trois ans de temporisation.
Le roi de Prusse suivait avec anxiété les négociations, sans y prendre part directement. Préoccupé des projets qu'on prêtait à l'Empereur, par exemple d'un projet de créer un dixième électorat en faveur du duc de Lorraine, il tremblait en même temps pour ses coreligionnaires, en butte un peu partout à des persécutions. Un conflit survenu à Thorn en
(1) A l'exclusion des filles de Joseph I", que l'Empereur Léopold avait désignées à défaut d'héritier mâle.