EMBARRAS DE FRÉDÉRIC GOILLAUME
du duc de Holstein en Schleswig, et qu'on invitât la Russie à adJiérer à lalliauce. L'accession des Hollandais avait été prévue, mais, comme le disait le roi, « ces gens ne feront rien sans fromage » ; les Provinces-Unies se firent prier pendant plusieurs mois {jusquen août 1726). La Bavière, sur laquelle on comptait, évolua vers Vienne, quand Charles Albert succéda à son père en 1726 (1). Même du côté de l'Angleterre, les déceptions commencèrent vite : Sophie Dorothée ne réussit pas à rapporter de Hanovre, comme elle s'en était flattée, une promesse écrite pour le double maria^ge angioprussien !
A peine de retour en Brandebourg, où le rejoignit le comte de Rottembourg, accrédité une fois de plus à BerHn, après la rupture des conférences de Cambrai (2), Frédéric Guillaume examina la situation avec angoisse. Tandis que la cour de Vienne jetait feu et flamme contre « la nouvelle ligue de Schmalkalde » , la tsarine Catherine P'' prétendait qu'on avait sacrifié son gendre, le duc de Holstein, et Auguste II de Pologne faisait des préparatifs belliqueux. Pour parer au péril, le roi de Prusse avait 60 000 hommes prêts à marcher, mais ni la France ni l'Angleterre, qui le poussaient à rompre avec l'Autriche, ne semblaient en état de le soutenir; il craignait de s'embarquer seul dans une aventure, il se refusait pour le moins à jouer un jeu dangereux sans être sûr d'y gagner. Il chargea Ilgen d'aller le dire en novembre à Georges V% alors en déplacement à sa maison de chasse de la Gôhrde : l'Empereur, écrivait-il à son ministre, va s'unir anx Polonais et aux Russes pour me donner « de l'amusement» ; je ne veux pas être traité par mes alliés en auxiliaire [Heifer], mais en associé et co-dirigeant, a voilà mon sentiment et mon ultimatum « . Dans une antre lettre du 1" décembre, le roi se déclarait prêt à combattre a por la kose fcomune " , à condi-
(i) Il ne derait revenir à l'alliance française qu'en novembre 1T27.
(£) Roitembourg, assez estimé personnellement du roi, avait en outre un «olJde appui dans Rnyphausen et dans la femme de ce dernier, une fille d'IIgen.
MEMOIRE DE DECEMBRE 1725 *il
tion de ne pas tomber « dans ie panneau » , et d'avoir « voix au chapitre » .
La mission d'Ilg^en n'ayant pas éclairci la situation, Frédéric Guillaume rédigea un mémoire en dix-huit points, qu'il remit le 5 décembre 1725 aux ministres anglais et français, Dubourgay et Rottembourg; le document, publié m extenso par Droysen, est pour la forme et pour le fond une des élucubrations les plus originales du Roi Sergent. Il mérite une brève analyse. Le roi s'élève d'abord contre la transformation en alliance offensive de Falliance défensive de Herrenhausen; il se refuse à guerroyer, afin que les Hollandais « puissent vendre leur thé, café et fromage, porcelaines, plus cher >» , et à faire « tout pour eux » , sans qu'ils fassent rien pour lui ; en outre, s'il court des risques, il veut connaître « le pot aux roses 1) . Or, " le pot à rose est qu'on fera la guerre à l'Empereur et on luy ostera des provinces, et à qui tombera-t-il pour partage les provinces prises de l'Empereur, et lesquelles prendra-t-on? " Il ne veut pas entrer dans l'alliance a en galopin 1) , ni en subalterne, mais en égal; enfin, s'il fait des conquêtes, il faut qu'on les lui assure. « Après la guerre, on fait la paix; m'oubliera-t-on? Serai-je le dernier? Faudra-t-il que je signe par force ? »
Nul texte ne montre mieux l'état d'esprit de Frédéric Guillaume au lendemain de la ligue de Hanovre. Uni aux rois de France et d'Angleterre, trop grands compagnons pour lui, il se croit réduit à la fois à un rôle de comparse, ce qui le froisse, et à un rôle de dupe, ce qui lai est encore plus sensible ; il cherche donc à se dérober. Ce désir va s'accroître de mois en mois. En février 1726, il se déclare « dégoûté » de l'alliance, et songe à s'unir à la Russie « coûte que coûte » ; en mai, il procède à une consultation solennelle, pour laquelle le général de Borcketle prince d'Anhalt sont mandés à Berlin. « Je suis » , écrit-il dans une note marginale, «la fiancée pour laquelle on danse, et, à mon avis, ma décision pour un parti ou pour l'autre pèsera assez lourdement » . Il fait alors rédiger un mémoire de ses exigences : le duché de
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Gourlande devra être accordé au duc de Holstein, en compensation de l'abandon du Schleswig; la Prusse contraindra au besoin les intéressés à accepter cet échange, moyennant un subside de 30 000 thalers par mois, et le droit de garder ses conquêtes éventuelles jusqu'au remboursement des frais. En revanche, l'Angleterre garantira au roi la succession en Mecklembourg et en Ost-Frise, et l'aidera de toutes ses forces avec la France à acquérir Berg-Juliers (l). Aucune allusion n'est faite à la Silésie que Rottembourg l'avait poussé à attaquer.
La surprise des alliés fut grande au reçu de ce mémoire (27 mai 1726) : Rottembourg et Dubourgay se bornèrent aie communiquer à leurs cours, qui se renfermèrent dans un silence embarrassé. Frédéric Guillaume, mécontent, se retourna vers la Russie, s'entendant avec elle au sujet de la Gourlande et du maintien des " libertés » polonaises, promettant sa neutralité en cas de conflit anglo-russe, et demandant seulement à la tsarine de ne pas attaquer les pays hanovriens. Mardefeld conclut à ces conditions le traité de Saint-Pétersbourg (21 août 17 26).
L'évolution fut complétée par un accord avec l'Autriche.
Le général Seckendorf y travaillait depuis le début de l'année; il exploitait le ressentiment de Frédéric Guillaume contre Georges I" et le malaise que causaient déjà à la cour de Berlin les tergiversations au sujet des mariages anglais, flattait toutes les passions du roi, sa gourmandise par l'envoi d'alouettes ou de vins, sa manie des grands hommes par le don de recrues géantes, surexcitait aussi ses défiances contre la France, son patriotisme germanique, son loyalisme envers le chef du Saint-Empire. Seckendorf agissait, non pas en ministre résidant à Berlin, mais en émissaire secret, en ambassadeur intermittent, presque en simple particulier, en
(1) Il est intéressant de noter à ce propos que, dans un mémoire ultérieur du 5 novembre 17z8, Ilgen allait déclarer, avec son clair bon sens, que les questions de Mecklembourg et d'Ost-Frise étaient plus importantes que celle de Berg. Mais ce n'était pas Tavis du roi.