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LE ROI DEVOUE A L'EMPEREUR

ment. C'était une vraie rupture. Frédéric Guillaume eut beau se faire excuser immédiatement. Hotham allait s'en retourner en x\ngleterre, très froissé du procédé. C'est le lendemain que le roi, se défiant de ses colères, décida de ne plus jamais traiter directement les affaires avec les ambassadeurs étrangers (ordre de cabinet du 1 1 juillet 1730).

La correspondance secrète de Grumbkow et de Reichenbach, très compromettante pour le parti impérial, aurait pu provoquer la ruine de ce parti à la cour, et Grumbkow aurait été probablement perdu si Frédéric Guillaume avait lu la lettre où ce ministre recommandait à Reiclienbach de brûler tous ses papiers ; mais le roi avait trop de préventions contre les Anglais, et de confiance en Seckendorf. En vain les cours de France et d'Angleterre employèrent-elles " le vert et le sec 1) pour le gagner; persuadé qu'elles cherchaient à le dominer, à le traiter en » galopin » , il repoussa menaces et promesses, et s'engagea plus que jamais dans ralliance impériale. D'ailleurs, les événements de 1730-1731, la tentative de fuite du kronprinz et les pénibles scènes qui s'ensuivirent, aggravèrent son ressentiment contre les puissances occidentales. Son opposition résolue fit échouer à cette époque, une intrigue franco-saxonne qui aurait pu mettre en péril l'autorité de l'Empereur dans TEmpire.

Il s'agit d'un projet de tiers-parti allemand, qui était peutêtre dans l'air depuis 1728, et prit corps en 1730, grâce au nouveau premier ministre saxon, comte d'Hoym, que poussaient plus ou moins les agents français. Un mémoire du comtede Brûhl, adressé de Dresde à Grumbkow en décembre 1730, est particulièrement intéressant à cet éga^'d ; il développe l'idée que, l'Autriche songeant uniquement à ses intérêts particuliers, il serait bon de former une association de princes, pour empêcher une conflagration européenne, s'interposer entre l'Empereur et ses ennemis, et prendre parti au besoin contre ceux qui repousseraient un arrangement raisonnable. Le projet fut communiqué au roi qui refusa d'en entendre parler : le tiers-parti, écrivait-il à Grumbkow, ne

INFLUENCE DE SECKENDOIIF 425

pourrait exister sans un chef, et quel serait ce chef? La Saxe? Mais il préférerait brûler son royaume! Le Hanovre? Mais il se laisserait plutôt couper tous les membres! L'Empereur seul pourrait et devrait être le chef d'un pareil parti. Et il fit dire au prince Eugène qu'il sacrifierait volontiers son armée, son argent, et lui-même, pour la Maison d'Autriche, de nation germanique, sans vues égoïstes, « uniquement pour l'honneur et le bien de l'Empereur et de l'Empire " .

L'attitude du roi de Prusse fut certainement un des principaux atouts de la politique autrichienne en 1730-1731 ; grâce à elle surtout, l'Empereur réussit à sortir sans guerre de la situation délicate où il se trouvait et à se rapprocher de l'Angleterre, de la Hollande et de l'Espagne, par le second traité de Vienne (16 mars 1731) ; il est vrai qu'il y subit des conditions humiliantes, abandonnant définitivement sa Compagnie d'Ostende, et s'engageant à accorder éventuellement à l'infant don Carlos l'investiture des duchés italiens dont Elisabeth Farnèse convoitait la succession pour son fils; du moins, Charles YI faisait reconnaître et garantir tout spécialement la Pragmatique Sanction de 1713.

Frédéric Guillaume, qui avait tant favorisé cet accord, ne fut averti des conditions qu'après la signature; il ne s'en formalisa pas trop, et sa vénération pour le chef du Saint-Empire sembla s'accroître plutôt pendûntles mois suivants. Une convention entre Saxe et Hanovre pour se défendre mutuellement contre l'enrôlement de leurs sujets par des recruteurs étrangers (ce qui visait ouvertement la Prusse, août 1731), et certaines intrigues d'Auguste II avec la Russie, étaient des sujets d'inquiétude et de mécontentement. L'influence de Seckendorf fut à son comble. S'il ne fit pas le mariage de Wilhclmine avec le prince de Baireuth, il put s'en réjouir comme d'un événement qui ruinait le projet anglais, et il joua un rôle prépondérant dans la conclusion des fiançailles du kronprinz avec la nièce de l'Impératrice. Il obtenait en même temps le vote du roi de Prusse à la diète, en faveur de la Pragmatique Sanction, vote décisif qui entraîna le collège

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éiectoral, mal^jré l'opposition de ia Saxe et des Wittekbach (ja-nvier 1732).

La question de Berg-Juiiers faillit deTionveaii détruire cette belle entente. Joseph Charles Emmanuel de Sulzbach et sm femme étaient morts en 1728-1729, et l'électeur palatin avait transféré leurs droits à leur frère et beau-frère, Jean Christian de Sulzbach. L'Empereur aurait voulu rapprocher le roi du palatin, au prix de grandes concessions consenties par la Prusse; Seckendorf y risqua son crédit dans un enti^tien mystérieux à Priort, près Potsdam, avec Frédéric Guillauine qui en reçut comme un co«p de poig^nard au cœur (i7 a^TÏl 1732) . L'impression fut encore accentuée par des conférences à Berlin, où Seckendorf s'expliqua plus clairement : les ministres déclarèrent qu'ils ne pouvaient en conscience conseiller de renoncer à Dus&eldorf et aax territoires limitrophes Ôm Rhin, et le roi rédig^ea cette note catég^orique : a A refuser net; je veux avoir le pays de Berg^ avec Dùsseldorf, et Ravenstein, ou je ne veux rien du tout » . Il ajoutait, il est vrai, des protestations de dévouement à l'Empereur, et pensait q*i« tout s'éclaircirait s'il pouvait le rencontrer ainsi que le prince Eugfène, et les entretenir de vive voix (juin 1732) .

L'entrevue réclamée depuis longtemps eut lieu au mois d'août, L'Empereur, afin d'éviter diverses difficultés d'étiquette, avait choisi le phâteau de Kladrub, dans la vallée de la hante Elbe, en Bohême, château trop petit pour log^er la nuit le roi et sa suite. Quand Frédéric Guillaume arriva, escorté de plusieurs généraux, dont GrumbkoAv et l'inévitable Seckemdorf, il était comme hypnotisé par la majesté du chef de l'Empire : si sa fille a exagéré en disant qu'il se précipita au devant de Charles VI, lui faisant des compliments « peu séants à une tète couronnée » , il est ceitain qu'il lui prodigua les marques de respect. L'entrevue de Kladrub fut suivie d'un séjour à Prague où le prince Eugène fit au roi les honneurs du Hradschin, tandis que l'Empereur et l'Impératrice, venus incognito, se montraient fort aimables. On parla peu d'affoires, et celle de Berg-Juliers notamment ne put être régulée,

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l'Antriciie s'entendant en secret avec l^Angleterre et la Hollande pour éluder ses promesses; à pein-e si le roi emporta de Prag^ae de bonnes paroles. Bien que, de retour à Potsdam, il ait écrit au prince d'Anlialt une lettre pleine de ravissement, où il s'extasie sur l'amabilité de l'Empereur et de l'Impératrice, sur la cordialité du prince Eug^ène et la beauté de Prague, il ressentit un réel désenchantement. Grambkow a noté plus lard qia'il y eut depuis lors « un grand changement dans les dispositions du roi » , et le ministre Padewils, dans un mémoire adressé à Frédéric II en 1740, a conclu encore plus fortement : « L'entrevue avec Charles VI de Bohême, l'an 1732, fut le tombeau de l'amitié entre les deux mon<irq«e8 » .

L'appréciation n'est juste que dans une certaine mesure. Déçu par les médioc-res résultats de son voyage, le roi de Prusse n'en resta pas mioins dévoué à la cour de Vienne. Il n'avait que ce recours, du reste. Auguste de Saxe continuait ses louches Intrigues; les puissances occidentales étaient hostiles ou défiantes, et l'accord conclu les li mai et 16 juin

1732 avec la Mai&on de Nassau-Frise, au sujet de la succession d'Orange, n'avait pas eu pour effet de rapprocher la Prusse des républicains hollandais (I) ; La Gliétardie, le marquis diplomate, récemment accrédité à Berlin, put annoncer à son gouvernement, le 30 octobre, que le roi restait

0 esclave de l'Empereur » et qu'on n'avait rien à espérer de lui (2) .

Les événements de 1733 prouvèrent que l'alliance impériale était assez solide pour survivre aux pires avanies et aux déhoires les plus amers. Charles VI et ses ministres en étaient arrivés au point de considérer Frédéric Guillaume comme une sorte d'homme-lige : après aA^oir toutfait pour ruiner les projets de Baariage anglais, ils eurent l'idée, leur politique ayant

(1) n ne s'agit dans cet accord que des droits spéciaux des deux Maisons

. de Brandeibouig et de Naseau sur certain* titres et de petits territoires. Les agissements des recruteurs prussiens allaient amener de nouveaux froissements en

1733 : un officier prussien devait même être condamné à mort à Maëstriclit.

(2) Cf. A. E., Corr. de Prusse, t. XCIÏI.

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évolué, d'en favoriser la reprise, et Seckendorf reçut l'ordre de tenter en juin 1733 la démarche la plus inattendue, de faire surseoir au mariage du kronprinz, au moment même où il allait s'accomplir « par complaisance pour la cour de Vienne » . On connaît par une lettre de Seckendorf au prince Eugène la façon tortueuse dont le comte s'acquitta de sa difficile mission, se concertant d'abord avec Grumbkow, puis allant trouver le roi au lit, le 1 1 juin au matin, et ne lui révélant les désirs de sa cour qu'après lui avoir fait promettre de l'écouter patiemment; grâce à ces précautions, il n'y eut pas d'éclat, et Frédéric Guillaume fut assez maître de lui pour se borner à un refus poli : rompre avec la Maison de Bevern, la veille des noces, était contraire à sa conscience, et une pareille volte-face serait sans excuse. Le mariage eut lieu le lendemain. Seckendorf avait fait triste figure dans cet imbroglio, lui qui, des années durant, avait cajolé tour à tour le roi, pour le détacher de l'Angleterre, et Fritz pour l'amener, au prix même de subsides, à épouser une nièce de l'Impératrice! Il eut pourtant l'habileté de détourner sur les Anglais la colère de Frédéric Guillaume, qui voulut voir avant tout dans cette Intervention inouïe la main de Georges II.

Une question infiniment plus grave, celle de la succession de Pologne, mettait alors à plus rude épreuve le loyalisme du roi.

La santé d'Auguste le Fort, ébranlée par des excès de tout genre, préoccupait depuis longtemps l'Europe, et plusieurs prétendants avaient brigué à l'avance sa couronne élective : son fils Auguste, héritier de Félectorat saxon; Stanislas Lesczinski, le beau-père de Louis XV, ancien rival d'Auguste II; l'infant Emmanuel de Portugal, un cousin de Charles VI. L'Autriche et la Russie s'étaient entendues en 1732 pour assurer éventuellement le triomphe de l'infant portugais, afin d'écarter à la fois le fils d'Auguste le Fort qui serait déjà électeur de Saxe, et Stanislas Lesczinski qui subirait l'influence française. Seckendorf pour l'Empereur, le comte de Lœwenwolde pour la tsarine Anna, avaient été chargés de gagner le

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