LA QUESTION POLONAISE
concours de la Prusse, et le 13 septembre 1732 avaient signé à Wusterhausen un traité, connu sous le nom du négociateur russe ; le « traité de Lœwenwolde » , légèrement remanié le 13 décembre suivant, stipulait que les trois puissances contractantes soutiendraient la candidature de don Emmanuel, en respectant les libertés polonaises. Le seul avantage direct accordé au roi de Prusse était la promesse que la Russie aiderait son second fils, Auguste Guillaume^ à acquérir le duché de Gourlande. Encore Lœwenwolde refusa-t-il de s'engager formellement à cet égard.
Parallèlement à cette négociation, Frédéric Guillaume en avait mené une autre avec Auguste II. Celui-ci songeait, comme tout le monde, à sa mort, mais aurait voulu auparavant réaliser son rêve de fonder pour sa famille en Pologne une royauté absolue et héréditaire; pour cela, il ne voyait toujours qu'un moyen, diminuer l'étendue du royaume polonais, et se concilier ses voisins par des cessions de territoires. Dans l'automne de 1732, c'est-à-dire au moment où Lœwenwolde discutait les termes du traité qu'il devait ensuite soumettre à sa souveraine, un agent prussien, investi de la confiance d'Auguste, Marschall de Biberstein (1), était chargé de communiquer à Frédéric Guillaume un projet détaillé en vue de partager la Pologne : la Russie aurait reçu le grand duché de Lithuanie moins Vilna, la Prusse la Pologne prussienne moins Danzig, l'Empereur le petit comté de Zips, sur les frontières de Hongrie ; Auguste le Fort n'aurait gardé pour lui et ses descendants que la Grande et la Petite Pologne, avec Danzig et Vilna. Par ce plan pouvait se réaliser « l'union des quatre aigles " .
Le roi de Prusse était payé pour se défier du « patron » . « Il m'a dupé une fois et ne recommencera pas » , écrivait-il au prince d'Anhalt, et il approuvait les conseils de prudence de Grumbkow plus que l'enthousiasme de Marschall pour « le grand œuvre " . Néanmoins, comme il n'avait rien obtenu au
(1) Celui-là même qui, en 1710, avait été mêlé à un premier projet de partage.
kZe MORT D'ATTG-USTE LE FORT (1733)
sujet de Berg-Juliers et voyait qu'il n'obtiendrait rien • sans coups d'épée " , il n'entendait pas rebuter son remuait voisin. GrtEmbkow fut eharg-é d'aïler l'entretenir à Gras&en^ sar la route de Dresde à Varsovie (janvier 1733). C'est la fameuse erttrevue où !e colosse saxon, déjà malade» acheva de ruiner sa santé à force de boire. Ses jambes étaient si faibles à l'arrivée, le II janvier, qu'il manqua tomiber, entrainamt Grumbkow dans sa chute; cela ne l'empêcha pas d'exposer to*cit au long- au ministre prussien son projet de partagne de la Polog^ne, nécessaire, disait-il, son fils n'étant pas capable de souffrir ce qu'il avait supporté, lui, durant trente ans. Il resta ensuite six heures à table avec le cher Biberius, dîner copieux arïosé de Champagne. Rien d'étonnant si le lendemain matin, il était devant son feu, la tête videî Son principal souci était m.oins la rancune des Polonais, qui « lui tordraient le cou » si le secret n'était pas gardé, que la fvo'iàeur deV Augustissimo (l'Empereur) . Greimbkow essaya en rain de le détourner de son projet; Auguste II en était « si coiffé " qu'il me cessa d'en parler jusqu'aux embrassades du départ (12 janvier) . Sa m^ort à Varsovie, le 1" février 1733, changea complètement la face des choses (l)>
L'événement étaîit attendu, et la conduite des trois pïtissances voisines semblait toute tracée (2) ; mais le traité de Lœwenwolde n'avait été ratifié ni à Vienne, ni à Saint-Pétersbourg, et Frédéric Guillaume en réclama inutilement l'exé- CTation. S'il tenait peu à la candidature de l'infant portugais, qui n'avait pas de chances de succès, il prétendait se rabattre sur un gentilhomme polonais, un piast; ses alliés au contraire se rapprochaient du nouvel électeur de Saxe, prince épais et peu intelligent, qui lui étaitplutôt antipathique, et qu'il traitait ironiquement de « porte-manteau » [Mantelsack). Des négociations furent entamées cependant avec Auguste III, à l'ins-
(1) La Finisse venait précisément de faire nn« grosse perte de ce côté, par la mort de Lolhœffel, qui l'avait longtemps représentée à Varsovie, avec tact et habileté (f en janvier i733).
(2) Ce qui suit, surtout d'après A. B., Polen, Rep. IX, n 29 c 1 et g 1.
LA SUCCESSION DE POLOGNE 4âl
tigati&n de Seckendorf, et elles se poursuivirent durant plusieurs mois par riiitermédiaire du Prussien Liideritz en Saxe, des Saxons Ponickau et Manteuffel à Berlin. Le roi et ses minisires Borck, Podewils, Thulemeier) posèrent dès le mois d'avril les conditions d'un accord : en première lig^ne, l'abandon des prétentions. d'Auguste sur Berg et Ravenstein, L'élection du Saxon en Pologne était contraire aux intérêts prussiens; il était donc légitime d'exiger, pour la favoriser, des avantages réels (Eiwas réelles) : « Je ne m'attache pas aux paroles en guise de réalités " , écrivait Frédéric Guillaume dans une note marginale du 28 mai. Ses appétits furent déçus. L'électeur de Saxe fit ob&erver qu'il ne demandait pas de secours onéreux, et ne pouvait accepter des conditions difficiles à remplir (29 juillet) . A la même époque, l'Autriche et la Russie, lasses de ces marchandages, rompaient sans vergogne leurs engagements pour traiter avec la Saxe.
Le roi de Prusse se trouva seul, et fort mécontent. Il avait offert, en prévision d'une attaque française sur le Rhin, de marcher de ce côté avec 50 000 hommes, et Seckendorf, embarrassé, avait remercié, en demandant seulement 10000 hommes pour l'année suivante. Le roi laissa passer par ses États Stanislas Lesczinski,, se rendant à Varsovie sous un déguisement, et il se réjouit presque de son élection en septembre. Quand Auguste III eut été élu à son tour, « dans un débit de boissons » , par quelques centaines de Polonais que soutenait une armée russe (en octobre) , Frédéric Guillaume hésita entre les deux élus : le 31 octabre, il faisait écrire à ses ministres à l'étranger qu'il ne savait encore lequel il reconnaîtrait. Il finit par s'abstenir. Seckendorf eut beau chercher à renouer la négociation entre Prusse et Saxe, et les Russes proposer l'occupation d'Elbing; son parti était pris. A Seckendorf comme au russe lagoujinski, comme au français La Ghétardie, il répondit invariablement ce qu'il écrivait le 11 décembre en marge d'un rapport ministériel : je reste neutre (Ictt bteibe neutml).
Cette neutralité ne l'empêchait d'ailleurs,, ni de veiller à