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LA ^'EUTRAL1TE PRUSSIENNE

ses intérêts, ni de remplir ce qu'il estimait de son devoir, en tant que prince de l'Empire. De nouveaux troubles ayant éclaté en Mecklembourg, il ne voulut pas laisser les Hanovriens intervenir seuls (1) , et sur son ordre des troupes, commandées par le général Schwerin, entrèrent dans le duché qu'elles occupèrent en partie (octobre 1733) ; elles ne devaient en sortir qu'après le rétablissement de la tranquillité par le prince Christian Louis, qu'un mandat impérial avait institué seul commissaire, le 28 avril précédent.

Pendant ce temps, la France, unie à la Sardaigne et à l'Espag^ne, avait déclaré la g^uerre à l'Autriche. Frédéric Guillaume, tout en conservant officiellement de bons rapports avec Louis XV, n'hésita pas à envoyer à l'armée d'Empire les 10 000 hommes qu'avait demandés Seckendorf et que l'alliance de 1728 l'obllg^eait à fournir. J'ai dit son offre antérieure de 50 000 hommes faite avec l'arrière-pensée d'être en situation d'occuper Berg et Ravenstein, en cas de mort du vieil électeur palatin; cette arrière-pensée, exprimée dans divers documents secrets, et pénétrée par les Impériaux, avait fait repousser l'ouverture. Dans ces conditions, le roi avait résolu de ne pas dépasser le chiffre du contingent promis, selon sa maxime favorite qu'il rappelait au prince d'Anhalt : « Point de pays, pointde Prusse ! » Une convention signée avec Seckendorf à Berlin, le 30 décembre 1733, régla les choses en conséquence.

La campagne de 1734 sur le Rhin fut pitoyable pour les Allemands : le prince Eugène, vieilli, resta « les bras croisés >» , laissant les Français s'emparer de Philippsbourg (en juillet), et le kronprlnz prussien, venu pour prendre des leçons de stratégie, n'apprit qu'à mépriser les troupes autrichiennes et leurs chefs; il écrivait plus tard, au moment de la mort du prince Eugène, que déjà devant Philippsbourg il n'y avait que son corps, et que « son âme n'y était pas présente » .

(1) Frédéric Guillaume s'était mis d'accord au sujet du Mecklerabourg avec le nouveau duc de Wolfenbiittel, Louis Rodolphe de Brunswick, par uu traité conclu le 6 septembre 1732.

INCO^n'EJNIE^TS DE CETTE POLITIQUE 433

Frédéric Guillaume se rendit en personne à l'armée, dans l'espoir d'assister à quelque action, mais comme il l'a dit deux ans après dans son réquisitoire contre la cour de Vienne (la Species facti) , il n y eut rien à noter, sauf que deux pauvres diables eurent les jambes brisées par des boulets français. La terrible maladie, qui mit alors le roi en danger de mort, pendant plusieurs mois, lui fit faire d'amères réflexions sur les inconvénients de sa politique; l'absence de Seckendorf, retenu à l'armée du Rhin, et bientôt les exig^ences du prince de Lichtenstein, chargé par l'Empereur au commencement de 1735 de demander l'augmentation du contingent et le renvoi du marquis de La Ghétardie, le rendirent plus accessible à l'influence de la reine et du parti contraire à l'Autriche. Malgré tout, il persista dans sa ligne de conduite. Il tenait à se montrer un « patriote » allemand, à soutenir ÏAugustissimus envers et contre tous.- Si La Ghétardie resta à Berlin et si le kronprinz ne fut pas autorisé à retourner sur le Rhin en 1735, les 10 000 Prussiens y reprirent leur poste, après avoir bien rançonné divers territoires ecclésiastiques qui leur avaient servi de quartiers d'hiver. La guerre languissait, du reste, et la campagne de 1735 fut aussi nulle que celle de 173 4 : « On n'y a pas tué autant de Français 1) , écrivait le roi au prince d'Anhalt, » que moi de perdrix à Wusterhausen. »

La politique prussienne dans les années 1734-1735 serait inexplicable si l'on ne tenait compte du caractère et des principes de Frédéric Guillaume. Du côté de l'ouest, ce prince réaliste donnait des secours militaires à l'Empereur, par point d honneur, car il n'en tirait aucun profit, la question de Berg-Juliers demeurant en suspens, et par antipathie à l'égard des Français, avec lesquels il refusait pourtant de rompre officiellement. Du côté de l'est, il gardait « une exacte neutralité » , alors que les belligérants l'accablaient d'avances à l'envi ; peut-être, il est vrai, trouvait-il leurs offres insuffisantes. Son ministre à Paris, Ghambrier, avait demandé en janvier 173 4 ce qu'on pourrait attendre de la France et de II. 28

4â4 MARCHA^'DAGES INUTILES

Staaislas Lesczinski, si ce dernier l'emportait en Pologne, et iiL avait déclaiïé (1), à cette occasion, que le camp adverse promettait à son maître, à ToTiest Berg et Ravenstein, à l'est la Courlande pour ma de ses fils, Elbing, et une « lisière » en PoLogiie prussienne, « pour combiner en quelque sorte ses États voi&ins avec la- Prusse " . Ghambrier exagérait quelque peu, car l'Autriclie ni la Saxe ne proposaient rien d effectif du côté de l'ouest, et la Russie offrait seulement Elbing et son appui en Courlande; le roi fut même sidéçuà un moment donné qu'il en arriva à considérer les ouvertures impériales (t comme un simple amusement » (10 mars 1134), Son ministre en Russie, Mardfel<l, venu à Berlin avec des instructions spéciales de la tsarine, ne parait pas avoir apporté encore des propositions satisfaisantes, et il en sera ainsi j;usqu.' au bout. En juin-juillet 1734, Frédéric Guillaume repousse hautement certaines menaces déguisées de La Gliétardie et assure la tsarine de « sa tendre amitié » , mais il rappelle « le fatal incident » qui Les a séparés et lui en veut toujours davoip emirassé le parti de l'électeur de Saxe. Après la prise de Danzig^ paff les Russes (en juillet 1734), il donne asile en Prusse, au chàtean de Kœnigsberg, à Stanislas fugitif, et il refuse ensuite soit de le livrer, soit de 1 éloigner.

Il est probable qu'il aurait consenti à cette dernière exigence si la tsarine avait mieux accueilli ses desiderata : le 23 OiCtobre 1734, il en adresse la liste à Mardefeld (installation immédiate de son second fils en Courlande, cession d'Elbing par la Pologjie, du bailliage de Gommern et des prétention* sur Berg par la Saxe) : u. Dame, à ce prix-là, nous pourrion& bien nous résoudre en fin de compte à faire ce plaisir à 1 électeur de Saxe ; autrement, non (sonsien aber nichij V . Vaine invite! La tsarine se dérobe, comme l'Elmpereur et l'électeur de Saxe, dès qu'on en vient à des réaliiés.. Et Frédéric Guillaume de continuer à écouter les insinuations de la France en faveur de Stanislas, de déclarer à tout venant

(i) Cf. A. E., Corr. de Prusse, t. XCVII, mémoire remi? à Tersailles ^e 10) jaaTier 1734.

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