DÉBOIRES DE L'ALLIANCE IMPÉRIALE
que celui-ei est en sûreté (ians ses États, voire de liir avancer 100 000 florins pour le& dépenses de sa petite cour en Piijsse! Il ne perd- pas une occasion de boire à la santé do roi Stanislas et à la confusion de son rival : » Peivat Augustus! Viv^a-l Stanislaits '. » C'est le moment on La Chétardie tente de gagner Grumbkow et lui remet uiae lettre de change de 60000 livres, le moment aussi où il fait miroiter l'intercession de son souverain auprès de l'électeur palatin pour obtenir Ravenstein et la plus grande partie da duché de Berg, auprès de Stanislas pour obtenir la Gourlande, Elbing, e^ une lisière de territoires entre Prusse et Poméranie (janvier 1735) (I) .
Le roi résiste à ces offres alléchantes parce qu'il les juge sans portée : il le& traite, dans se« notes marginales pour ses ministres, de " compliments français " . Stanislas, sondé snr ce point, ne fait-il pas répondre, d'aiilleurs, qu'il n'a ancun espoir de porter les Polonais à céder Elbing et la ^< lisière " désirée! Frédéric Guillaume s'en tient à la neutralité, à ce qne son biographe Fassmann appelle bien improprement il une politique su;perfine " (die allerfeinste Politiej.
Cependant le temps passe, et les événements se précipitent. L'Empereur, incapable de résister aux Français et aux Espagnols, en Allemagne et en Italie, signe de& préliminaires de paix (3 octobre 1735) qui éeriendront trois an« plus tard lie troisième traité de Vienne. Le roi de Prusse n'en est pas. plus informé que des fiançailles de Marie Thérèse avec François de Lorraine. Il maudit du fond du cœur la cour impériale, et multiplie les politesses à Stanislas, que le kronprinz va saluer à Kœnigsberg, sans trop afficher son dédain pour les « vilains magots " et les a vilaines guenons " qui entourent ce roi sams royaume. Sans doute, comme dit Pœllnitz, si Seckendorf n'était plus à Berlia, a son esprit régnait enc&fe à la CMir " : son neveu, Christophe Louis, resté derrière lui et qpui n'avait été proprement accrédjté que par lui, réussissait en partie à entretenir les défiances contre la France, à retenir Biherius
(1) Cf. A. E., Corr. de Prusse, t. XCVIII-C.
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et Junior (le kronprinz). Néanmoins, les sentiments au fond étaient changées. Grumbkow s'indig^nait de l'ing^ratitude de rAulriche, et se livrait de plus en plus à La Ghétardie ; le kronprinz jugeait sévèrement Seckendorf, comme un homme qui avait porté à Berlin » le flambeau de la discorde », et y était estimé « un fléau " ; le roi enfin s'inquiétait des intrigues catholiques qu'il savait dirigées contre lui (l) ; de plus, il récapitulait les déceptions que lui donnait l'alliance autrichienne depuis dix ans, et se sentait effroyablement trompé, trahi, bafoué. Apprenant que Stanislas, abandonné par la France, venait d'abdiquer (27 janvier 1736), il se prit à pleurer de cette injustice » qui criait vengeance devant Dieu et devant les hommes » . C'est en mars 1736 qu'il rédigea le long mémoire en trente points, la Species facii, dont j'ai déjà parlé, et auquel j'ai emprunté maint détail : après avoir examiné les méfaits de la Maison d'Autriche, qui n'avait cessé de le duper dix ans durant, il concluait chrétiennement en priant Dieu de pardonner à l'Empereur sa duplicité, en formulant toutefois le vœu que celte triste expérience pût servir un jour à son fils. On place généralement à quelques semaines de là la scène fameuse où il se serait écrié devant plusieurs généraux, en montrant du doigt son héritier : « Voilà celui qui me vengera! " Mot profond, qui ne fut peut-être pas prononcé tel que le baron de Seckendorf l'a transmis, mais qui était certainement dans la pensée du roi, et devait se réaliser plus tard de la façon la plus étonnante.
En attendant, comme on l'a dit, il se bornait à enrager, à jurer, à trépigner sur place, à se contredire d'un jour à l'autre, tantôt écrivant au général Seckendorf ses justes motifs de ressentiment et " gracieusant " La Ghétardie, tantôt faisant bon visage au jeune Seckendorf et le prenant à témoin de son mépris pour les Français ou leur protégé, « le roi de Bar » . Ce dernier, après avoir renoncé au trône polonais, sinon au titre de roi, passa par Berlin en mai 1736 pour
(i) Mémoire de la sainte congrégation des cardinaux, en 1734 ou 1735, pour l'extirpation de l'hérésie.
LA SlTUATIOiN EN 1736-37 437
se rendre en France : ce fut l'occasion de fins dîners chez le marquis de La Chétardie, et de causeries intimes entre les deux princes, qui buvaient et fumaient le soir, de compagnie ; Poellnilz, témoin de ces effusions, dit que leur ordinaire était de trente à trente-deux pipes. Frédéric Guillaume écrivit ensuite à Louis XV qu'il avait fait le possible pour son beaupère, " tant en considérant qu'il appartient de si près à Votre Majesté, que parce que je l'aime et l'honore personnellement jusques à l'infini » (24 juillet) (1) . Il reconnut même solennellement la royauté de Stanislas (15 décembre 1736), avant de charger le comte de Truchsess d'aller saluer à Dresde Auguste III en qualité de roi de Pologne (avril 1737).
Tout cela n'améliorait guère la situation. Les faits étaient là, évidents, indéniables : non seulement l'Empereur persistait à traiter le roi de Prusse " canailleusement " , mais toutes les puissances semblaient se liguer contre lui . Jamais plus qu'en 1737-1738 Frédéric Guillaume ne se crut près de réaliser ses ambitions, et jamais il ne fut plus lamentablement déçu. Il avait dit à La Chétardie, en janvier 1736, qu'il comptait sur ses troupes pour s'emparer de Berg, le cas échéant ; or, l'électeur palatin Charles Philippe entrait dans sa quatre- vingtième année; le dernier de ses frères, l'évêque d'Augsbourg, mourut à la fin de février 1737 ; l'ouverture de la succession des Neubourg paraissait proche. L'Europe entière se préoccupa de la question. Depuis dix-huit ans, on cherchait en vain une solution : les prétendants repoussaient toute concession, et taudis que Frédéric Guillaume demeurait féru de son droit, Charles Philippe montrait " une répugnance invincible " à lui abandonner Berg, au détriment de son héritier d'élection, le petit Charles Théodore de Sulzbach (né en 172 4) ; il venait de laisser sans réponse une sorte d'ultimatum prussien (du 26 novembre 1736) , qui offrait pourtant de belles compensations pécuniaires. L'électeur de Saxe, roi de Pologne, faisait toujours valoir ses prétentions sur Juliers, et négociait avec
(1) Cf. A. E., Corr. (le Prusse, t. Cil.