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MAINMISE SUR LES VILLES

bronze " ; clans le même ordre, Frédéric Guillaume ajoutait : «Je laisse à Messieurs les Junkers le vent du Landtag ; on peut laisser du vent aux g^ens, lorsqu'on arrive à ses fins. » — «Qu'est-ce que les Ordres!», s'écriait-il un autre jour, à propos d'une protestation des Ordres de Mag^debourg; « il n'y a plus de condominium » . Mot profond, qu'il reprit et répéta souvent, par exemple lorsqu'en septembre 1721 il discutait l'opportunité d'une réunion d'États à Clèves. Il se refusait en tout cas à dépenser de l'argent pour ces assemblées, suspectes d'imiter le liberum veto polonais, et, fixant une fois à l 000 thalers les indemnités fDiàienJdes députés de Clèves durant une session, il concluait : « S'ils veulent du café, ils paieront le supplément de leurs propres deniers » . Comme les États, les institutions provinciales qu'ils dirigeaient autrefois, surtout les institutions fina-ncières ( Crédit wesen, Lafidkasien, Landcrediikasse) furent mises en tutelle et à peu près abolies dans le royaume entier.

Les municipalités n'échappèrent pas à la loi commune. La mainmise du roi sur les villes avait commencé au temps du Grand Électeur et continué sous Frédéric I"; elle fut consolidée par le Roi-Sergent, au moyen de l'immixtion de ses agents, les commissaires des taxes, dans leur administration financière; la réforme de leur budget et, plus spécialement, de leurs dettes (Schuldenwesen), favorisa les interventions. La plupart des grandes villes, Spandau en 1716, Francfort-surl'Oderen 1717-1719, Magdebourg de 1713 à 1720, Stettin en 1723, Kœnigsberg en 1724, Berlin même de 1735 à 1738, furent soumises au contrôle des autorités d'État [Staatsbehœrdenj, avant tout à celui des Chambres de guerre et des domaines; les petites villes, même les villes «médiates», c'est-à-dire dépendant d'un noble, d'une église, ou d'un grand propriétaire, le furent encore plus aisément (Règlement du 10 décembre 1725) .

Le personnel des employés municipaux fut réduit, amélioré, mieux payé, et les finances municipales, souvent compromises, furent restaurées. Toutefois, il serait excessif de n. 30

466 ARBITRAIRE ET FISCALITE

voir tout en beau, avec des historiens qui, comme Schmoller, sont bien près de verser dans le panégyrique, et divers faits justifient jusqu'à un certain point la résistance des villes aux empiétements du pouvoir central. L'étude approfondie des documents a prouvé que Frédéric Guillaume I", après avoir mis en première ligne, dans les débuts de son règne, la capacité des candidats, s'est laissé entraîner ensuite par l'intérêt fiscal, et a abusé de son droit de nomination pour battre monnaie avec les charges municipales. Dès janvier 1720, il décida que les nouveaux bourgmestres, échevins, syndics et conseillers, ceux qu'on appelait en bloc " le magistrat» , paieraient comme les autres fonctionnaires civils un quart de leur traitement à la caisse des charges, encore indépendante de la caisse des recrues; en 1721, la somme fut augmentée, laissée à la discrétion du roi; facilité déplorable donnée à un souverain assoiffé de thésaurisation! Les règlements municipaux, édictés à la fin du règne, codifièrent le principe, et dès lors, à côté de l'âge, de l'origine, de la profession, ou de la capacité, on vit figurer parmi les motifs du choix le prix payé à la caisse des recrues. Ce prix resta fort variable, allant du quart à la totalité du traitement, parfois à une somme supérieure : en 1736, un avocat de Berlin paya 1 600 thalers pour une charge de syndic qui en rapportait 350; il y eut ailleurs de véritables enchères, comme celles qui aboutirent à la nomination d'un bourgmestre de Spandau pour 1 000 thalers en 1739. Le roi en arriva même, dans ses dernières années, à projeter la suppression de certains conseillers municipaux en Brandebourg, afin d'employer autrement l'argent de leur traitement. Sa mort arrêta l'entreprise.

En somme, les réformes administratives de Frédéric Guillaume I" ont eu à la fois de grands avantages et de graves inconvénients, ceux-ci découlant souvent de ceux-là par un fâcheux retour.

D'une part, il a achevé le travail d'unification et de centralisation qu'avaient ébauché le Grand Électeur et le premier roi; il a supprimé les institutions nuisibles ou inutiles, créé

LA MACHINE ADMINISTRATIVE 4ftT

des org^anes puissants, défini leurs attributions, interdit leurs querellée; il a soumis ses sujets à des ministères et à des départements, composés d'hommes compétents, ou à des agents relevant directement de lui, conseillers provinciaux et commissaires des taxes. Il a développé et accéléré les postes qui reliaient à sa capitale toutes les provinces, fixant notamment à 9 kilomètres la vitesse minima par heure des postitlons à cheval et à 7 kilomètres et demi celle des voitures. 11 a mis l'ordre partout et imposé le travail à tous. Cette mobilisation générale des énergies et des ressources par le gouvernement et par lui seul, n'a pas eu que d'heureuses conséquences. Déjà, l'administration prussienne apparaît, pour emprunter le jugement formulé sous le Grand Frédéric, comme une machine aux rouages multiples, bien montée et a pourvue d'ingénieux engrenages, mais comme une machine, %J qui a besoin de l'impulsion du roi, son premier moteur; organisation forte, système fécond, sous un souverain énergique et capable ; organisation désastreuse, système funeste, sous un roi faible et incapable.

D'autre part, F'rédéric Guillaume a formé une race de fonctionnaires, bien choisis au début pour leur compétence et leur application, régulièrement sinon abondamment payés (car les salaires sont strictement calculés, ne dépassant guère quelques centaines de thalers, et souvent rognés par avarice) (1), disciplinés enfin, et astreints à l'obéissance passive. Sur euxl'autorité royale plane toujours, absolue, sans réserve; le roi ne le leur fait pas dire : « Les coquins n'ont pas à raisonner! n , écrit-il au sujet d'objections de la Régence de Magdebourg, le I" février 1718, ou bien : « Me prend-on pour un zéro en chiffre! » (avril 1723). Un fonctionnaire qui « raisonne w est un « camisard t» et mérite peu d'égards. De plus

(i) Les minisires touchent rarement plus de 4 ou 5000 thalers (Alexandre de Dohna à 8 000, Knyphausen à 6000 sont dos exceptions). Les membres du Directoire reçoivent, en moyenne, de 1000 à 2000 thalers, augmenté* ÎF est vrai de cadeaux du Nouvel An; le« Landrate de 70 à 450 thalers; certaias employé» sont payés en partie en nature. La réponse ordinaire aux réclamations des fonctionnaires est : K Je n'ai pas d'argent. »

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