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LA POLICE PRUSSIENNE

Le roi interdit formellement d'y employer les soldats (rescrit à la Rég^ence de Prusse du 15 janvier 1723), mais à diverses reprises il autorisa et même recommanda l'emploi d'anciens sous-officiers et soldats (3 mars 1727 et 17 décembre 1729). La police des sujets (Unierthanen) , c'est-à-dire des paysans travaillant sur les terres seig^neuriales (VorwerkcJ ou sur celles du domaine fAemteyJ, ne subit pas d'importantes modifications; on voit par plusieurs ordres que le roi estimait les peines corporelles préférables aux amendes (note du 13 novembre 1727 concernant les paysans, Cœlmer, et même petits bourgeois en Prusse; ordre du 14 août 1730 au sujet des paysans débiteurs dans le pays de Clèves) . Aussi ne faut-il pas exagérer la valeur du fameux mandement d'avril 1738, dit « mandement des coups de bâton » (PrugelmandatJ, dont quelques historiens ont voulu tirer arg^ument en faveur de la bonté de Frédéric Guillaume : par ce mandement, le roi défend à ses fermiers et à leurs g^reffiers de frapper les sujets à coups de bâton et de fouet, comme des bestiaux ou des esclaves, pour les faire travailler; mais il permet de leur mettre les ceps ou le manteau espagnol (spanischer MaiitelJ, sorte de carcan, composé d'une lourde pièce de bois avec un trou au milieu, par lequel le patient passait la tête; il prévoit même au besoin les travaux forcés à temps ; de plus, il excepte expressément du bénéfice de son édit les sujets de la Prusse orientale, comme trop paresseux et indisciplinés. Une petite amélioration du sort des paysans fut pourtant réalisée par la réglementation des corvées de transport (Vorspanndienstej, dont bien des fonctionnaires abusaient.

Quant aux vagabonds, tsiganes et mendiants, les anciennes ordonnances furent maintenues et parfois aggravées : on poursuivit particulièrement ceux qui faisaient usage de faux papiers les autorisant à mendier (falsche BrandbriefeJ .

Dans les villes, surtout dans les résidences de Berlin et Potsdam, des progrès sérieux s'accomplirent. Les services de voirie firent l'objet de nombreux édits, en vue d'améliorer la propreté, l'éclairage, la circulation. Le baron de Pœllnitz

VOIRIE ET BATISSE 481

sugg^éra l'idée d'établir des fiacres à Berlin et fut un des premiers concessionnaires de l'entreprise : un règlement du 16 janvier 1740, remanié le 8 avril suivant, institua une société privilégiée, à laquelle le roi promit de céder quinze fiacres, fabriqués à ses frais; la société devait les entretenir et les remplacer au fur et à mesure, les pourvoir de bons cochers et de bons ^chevaux, et assurer le service, suivant un tarif déterminé, à la course et à l'heure : une course se payait 4 gros (60 centimes) dans la ville, 5 gros (75 centimes) hors des murs ; la première heure coûtait de 6 à 8 gros (85 centimes à 1 franc), les heures suivantes 4 gros (60 centimes).

La bâtisse fut encouragée et même parfois imposée, comme je l'ai déjà signalé. Berlin comprenait alors cinq villes accolées : le vieux Berlin à droite de la Sprée, Gœlln dans une île de cette rivière, le Friedrichswerder et la Dorotheenstadt sur la rive gauche, la Friedrichsstadt tout à fait au sudouest. Cette dernière ville, officiellement créée par Frédéric I", présentait encore de vastes terrains vagues. Frédéric Guillaume s'avisa d'un moyen original pour les couvrir. Après avoir d'abord promis des privilèges à ceux qui y contribueraient (mai 1721), il fit dresser par un de ses favoris, le colonel Derschau, une liste des habitants de Berlin assez riches pour bâtir, et chacun d'eux dut élever une maison à ses frais : c'est ainsi qu'en 1733 un conseiller de justice, von Ntissler, fut obligé, malgré ses récriminations, de construire sur un terrain marécageux et mouvant. Parfois des ministres ou des généraux reçurent des sommes d'argent, à condition de bâtir de belles maisons; tels les comtes de Schulenbourg et de Waldbourg, les ministres Marschall et Happe, et c'est de la sorte que la Wilhelmstrasse s'orna d'une ligne de pseudo-palais. Le roi lui-même oubliait son avarice pour édifier des églises : il fit agrandir la cathédrale fDomJ, construire la nouvelle église de la Garnison, celles de Jérusalem et de Sainte-Sophie, relever celle de Saint-Pierre, détruite le 29 mai 1730 par un terrible incendie. Il procéda pareillement à Potsdam et dans d'autres villes. Des ordonnances II. 31

4S2 LES DOMESTIQOES, — LES JOIFS

étaient promulguées en même temps pour empêcher les incendies, et s'en garantir le cas échéant (1" novembre 1718, 4 mai 1719, 31 mars 1727)

Cette activité de la police était bienfaisante, en dépit de ses désagréments; on peut louer, en outre, les précautions prises contre le jeu, contre les épidémies, contre l'ivresse considérée, en cas de délit ou de crime, comme une circonstance aggravante (31 mars 1718). D'autres mesures semblent d'une utilité plus discutable, par exemple la longue série des édits somptuaires qui prétendaient réglementer dans les fêtes ou les deuils, sinon dans l'existence journalière, la tenue et le nombre des hôtes ou convives, la nourriture et la boisson, voire le langage. Abusives également furent les ordonnances de février 1718 et août 1722 sur les domestiques : ceux-ci, surtout les fils et filles de paysans, ne pouvaient louer leurs services que dans certaines conditions, après les avoir offerts à VAmt ou au seigneur propriétaire; ils devaient se munir d'attestations des autorités locales avant de venir à la ville, où on les surveillait étroitement; leurs gages étaient maintenus à des prix très bas (12 à 14 thalersau plus par an pour un cocher, 10 à 12 pour un laquais, 8 à 12 pour une cuisinière) .

Enfin les règlements relatifs aux Juifs témoignent d'une mentalité étrange chez un prince qui se piquait de tolérance. Les Juifs, a-t-il dit dans son Testament Politique de 1722, sont « les sauterelles d'un pays, et ils ruinent les chrétiens" ; leurs ancêtres, du reste, ont trahi le Christ, et le Juif le plus honnête est un coquin; il faut donc les pressurer sans pitié. S'inspirant de ces principes, sa police ne cessa de les traquer, ni son fisc de les exploiter, ceux de Berlin particulièrement, qui étaient environ 200. En août 1721, un Juif nommé Veit étant mort sans fortune, alors qu'il devait au Trésor plus de 100 000 thalers, le roi furieux avait convoqué tous les Juifs de la capitale à la synagogue, et là, peine bizarre et qui dut leur être plutôt indifférente, il les avait fait excommunier. Il ne s'en tint pas là, et durant vingt ans leur infligea toutes

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