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APPEL DE COLONS ÉTRANGERS

sons détruites par rinccndie, la grêle ou l'inondation, atténuer les pertes d'une mauvaise récolte ou d'une épizootie ; des magasins furent créés dans beaucoup d'endroits pour conserver les blés lorsqu'il y avait abondance, en vendre ou distribuer dans le cas contraire, et établir ainsi un cours moyen, favorable à l'agriculture. Les campagnes avaient beaucoup souffert depuis un siècle : deux édits de juin 1717 enjoignirent de faire en sorte qu'il y eût au moins autant d'habitants sur les fermes qu'avant 1624.

Pour atteindre ce résultat, Frédéric Guillaume recourut comme ses prédécesseurs, et encore plus assidûment qu'eux, à la colonisation.

Les réfug^iés français, très nombreux déjà sous le règ^ne précédent, étaient protégés et administrés par un Directoire ou Conseil français à Berlin; ils continuèrent à affluer en Brandebourg, pour y jouir de la liberté de conscience qu'on leur refusait dans leur patrie. Grâce à eux, les terres sablonneuses des Marches devinrent « des potagers admirables » , suivant le mot de Frédéric II; ils peuplèrent certains districts de la " Marche Ukraine» fVckermark), Lœcknitz, Grambzow, Ghorin, aux environs de Berlin; d'autres (des Messins) s'établirent comme maraîchers, et si la plupart se consacrèrent à l'industrie, le roi les jugeait certainement d'une façon fort injuste lorsqu'il disait (dans une note de 1735) : « Les Français à la ville; ils ne valent rien aux champs » . A côté d'eux, des Suisses et des Hollandais furent attirés en grand nombre ; en Poméranie, un nouvel Âmt put être créé en 1734, à l'embouchure de rUcker, sous le nom de KœnigshoLland. Beaucoup de colons étaient séduits par les exemptions d'impôts accordées pour plusieurs années (Freijahre); la majorité cependant obéissait, en émigprant, à des considérations morales; c'étaient des gens persécutés pour leurs convictions religieuses. Protestant fervent, le roi appelait à lui ses coreligionnaires proscrits ; il satisfaisait ainsi sa conscience et son intérêt, faisait à la fois une bonne œuvre et une bonne affaire. Des Vaudois vinrent de Piémont, des frères bohèmes de

IMMIGRATION DES SALZBOUEOEOIS 499

Silésie, Moravie et Bohême, des calvinistes de Saxe, des luthériens du Palatinat. La principale immigration fut celle des Salzbourgeois.

L'archevêché de Salzbourg, pays montagneux et fertile, entre Bavière, Autriche et Tyrol, contenait de nombreux protestants. Les prélats, leurs seigneurs, les avaient tolérés depuis le seizième siècle, malgré le principe cujus regio, ejiis religio, qui autorisait tout prince de l'Empire à imposer sa foi à ses sujets. Or, en 1727, à un archevêque d'esprit large, un Harrach, succéda un fanatique, le comte Firmian : dès son avènement, il interdit tout livre hétérodoxe et chargea les jésuites de convertir au catholicisme les hérétiques de sa principauté. Les persécutions furent bientôt telles que les protestants se trouvèrent réduits au désespoir. L'intervention du B Corps évangéEque » ne produisit aucun effet, et, pour en finir, l'archevêque promulgua, le 31 octobre 1731, un édit d'émigration, enjoignant sous peine de mort à tous les luthériens ou réformés d'évacuer le pays dans les huit jours. Les malheureux expulsés se mirent en marche à travers la Bavière, mal vus et mal traités au passage par la population catholique, et les souffrances de ce long exode ne se terminèrent qu'à leur arrivée dans l'Allemagne centrale. Frédéric Guillaume s'était préparé à les recevoir, et leur ouvrit toutes grandes les portes de ses États, par sa patente du 2 février 1732. Dès le mois d'août précédent, annotant une délibération du Directoire général à ce sujet, il avait éerit : « Très bon, même s'il n'y a que dix familles, et bon s'il y en a mille ». H y en eut quatre mille environ, qui entrèrent en Brandebourg en chantant des cantiques, et qu'on répartit dans diverses provinces, principalement en Prusse. Ceux qui restèrent à Berlin fuient eonfiés aux soins du conseiller von Herold, un des meilleurs collaborateurs du roi pour tes affaires économiques (juillet 1733) (1) .

(1) Le kronprinz, assez sévère plus lard pour « leur esprit de désertion » , s'apitoyait en 1732 sur lemr compte «t parlait <■ de se dépcuiller de sa eheonise pour eux 11 .

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