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DÉFRICHEMENTS, CULTURES, PLANTATIONS

11 est difficile d'évaluer exactement le nombre total des colons établis dans le royaume de 1713 à 1740. Les chiffres diffèrent dans les ouvrages qui traitent la question. Schmoller pense qu'en un siècle entre 1640 et 17-40) il y a eu 100 à 150 000 immigrants, ce qui avec leur postérité a pu donner près de 300 000 âmes. Stadelmann dit 600 000. Ce dernier auteur parle, pour le temps du Roi-Sergent, de 50 à 60 000 immigrants; c'est, il me semble, l'approximation la plus exacte, et dans ce nombre les Salzbourgeois doivent figurer pour 20 000.

La population des campagnes, protégée et accrue, fut poussée de toutes façons à intensifier culture et élevage. Quantité dédits ordonnèrent le dessèchement des marais, notamment de ceux de la Havel, de son affluent le Rhin, de l'Oder et de la Vistule ; la dépression de l'Oder, dite Oderbruch, fut le théâtre de travaux importants, sous la direction du colonel de Marwitz, à partir de 1724. A côté des cultures anciennes, comme celle du blé qui fut fortement développée en Prusse, des cultures plus ou moins nouvelles furent encouragées : celle des légumes, celle des pommes de terre encore à ses débuts en Brandebourg, celle du mûrier, celle du tabac. La destruction des animaux nuisibles eut lieu parallèlement (1) . Les plantations d'arbres forestiers et d'arbres fruitiers furent recommandées, parfois imposées : un édit de 1716 renouvela l'obligation des jeunes mariés à cet égard ; un autre de 1718 punit de la fustigation ou des travaux de forteresse ceux qui auraient détruit exprès des mûriers ou des arbres fruitiers; en 1739, rien que dans la Marche électorale, on planta 222 000 arbres fruitiers. Les forêts furent l'objet d'une sollicitude spéciale, et la grande ordonnance (HolzordnungJ du 20 mai 1720 constitua une sorte de code forestier. Tout était d'ailleurs réglementé : après l'instruction de 1722 pour le Directoire général, dont beaucoup d'articles sont consacrés aux cultures, le roi promulgua en juillet 1731,

(1) La passion du roi pour la chasse provoqua seule de» dérogations assez fâcheuses à la règle.

PROGRES DE L'ELEVAGE 501

pour la province de Prusse, un règlement d'économie agricole (Haushaliungsreglemeni), dont il exigea l'application rigoureuse. Un haut fonctionnaire fObe?landbaudirecto?J surveillait tout à ce point de vue dans les domaines de la couronne.

L'élevage du bétail avait autant de prix que la culture des terres; il ne fut pas négligé. Bœufs et vaches dans les Marches et en Lithuanie, moutons dans le duché de Magdebourg et en Brandebourg (dans le pays de Cottbus en particulier) , chevaux en Prusse, furent multiplies. Non seulement des mesures furent prises contre les é|iizooties (décembre 1729 et mars i732), mais de nombreux règlements pourvurent à l'amélioration des races : tel l'ordre donné le 3 avril 1713 de mener les juments aux étalons royaux; tel l'édit du 15 mai 1722 enjoignant de supprimer comme inférieurs les moutons et béliers noirs, bruns ou gris. En même temps, les haras étaient réorganisés, en Prusse orientale avant tout, où l'élevage des chevaux était florissant dès l'époque des chevaliers teutoniques; en 1722, les haras prussiens contenaient 1 216 animaux, et l'instruction pour le Directoire déclarait qu'ils devaient toujours en entretenir au moins 800 (article 29). A partir de 1730, un vaste terrain à demi marécageux, près de Trakehnen (5 500 hectares), fut aménagé par les soins de l'ingénieur Suchodoletz, sous la surveillance du comte de Schwerin et du prince d'Anhalt. Le haras de Trakehnen, destiné à un brillant avenir, était définitivement fondé.

Grâce à ces efforts persévérants, les campagnes, en partie désertes et incultes en 1713, se couvrirent d'habitations, de labours et de troupeaux. Les contemporains ont noté cette transformation avec surprise, parfois avec emphase : le Suisse Haller, en 1726, s'extasie sur la fertilité du pays de Glèves dont chaque journal (MorgenJ de 40 ares rapporte 9 thalers par an, plus 6 pour 100 ; des documents relatent la création dans la dépression du Rhin, au nord du Brandebourg, d'un nouvel Amt, celui de Ivœnigshorst, à partir de 1719, domaine

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