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POLITIQUE RELIGIEUSE DE L'ELECTEUR

tion du repos dominical, qui sont fréquemment renouvelées (décembre 1689, octobre 1690, juillet 1693), abondent en prescriptions tracassières : interdiction de travailler, d'ouvrir les magasins, de vendre victuailles ou boissons avant cinq heures de l'après-midi, en dehors des choses nécessaires à la vie; défense de goûter les plaisirs les plus iunocents, comme de danser ou de se promener en voiture, etc. Les paysans, qu'il s'agit, il est vrai, d'instruire autant que d'évangéliser, sont astreints à suivre le catéchisme. Les jours de prières et d'expiation (BusstageJ reviennent constamment. D'autre part, dans son aversion pour tout ce qui n'est pas » réformé w , Frédéric III est prêt à traiter sévèrement catholiques, juifs et luthériens ; il s'inquiète des progrès du papisme en Prusse (I), et ordonne en 1694 de punir les fonctionnaires du duché qui feront élever leurs enfants chez les jésuites en Pologne, c'està-dire les sacrifieront à Baal ; il interdit au chapelain de l'ambassade de France, le P. Pierre, resté à Berlin après le départ de l'ambassadeur, de dire la messe, et songe à prendre la même mesure pour la légation impériale en 1()9T; il fait expulser les juifs non privilégiés, et réduit à cent cinquante familles leur nombre autorisé dans les pays de Glèves-Mark (1696) ; il surveille avec défiance les luthériens, qui sont encore plus intransigeants que lui.

Cependant la tolérance demeure un principe du gouvernement électoral : l'attitude hostile aux catholiques, dictée par l'indignation contre les édils de Louis XIV, ne dure pas; les représailles projetées n'ont pas lieu; prêtres et moines continuent à aller et venir librement dans les diverses provinces. Les juifs sont nombreux (un millier à Berlin), et quelquesuns, qui servent de bailleurs de fonds, obtiennent des privilèges. Certains pasteurs lutfiériens, désireux de vivifier leur foi, comme Spener à Berlin et Francke à Halle, sont encouragés, et Daniel Ernest Jablonski, prédicateur de la cour de-

(i) On le voit s'indigner en 1690 du refus du curé (parochus) de Kœnigsberg, de célébrer dans son église un jour d'expiation (BusstaçJ, ordonné par lui. Cf. A. B., R. 7, n 72 b.

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puis 1693, commence dès cette époque ses démarches en vue de l'union relig^ieuse; j'y reviendrai, ainsi que sur le piétisme dont l'influence va croissant.

Le centre de la vie intellectuelle dans l'électoral est alors Halle plutôt que Berlin. L'enseig^nement primaire ft même le secondaire sont peu favorisés : si l'école de Joachimsthal est installée dans une maison de la capitale en 1688, il ne se fonde guère d'établissements du même g^cnre ; à peine peut-on mentionner la Friedrichsschule, école réformée, à Francfortsur-l'Oder (1694), et l'école latine ouverte en 1697 à Glaucha, près de Halle, par Francke, à côté de ses œuvres populaires, de son Pœdagogium et de son orphelinat. Les anciennes universités de Kœnigfsberjj, de Francfort et de Duisbourg^, disposant de ressources minimes, ne déploient qu'une faible activité ; l'électeur et Danckelman se préoccupent en vain d'améliorer le traitement des professeurs et d'attirer les étudiants par des bourses (siipendiaj ; malgré l'ordre, renouvelé en janvier 1691, de payer régulièrement par trimestres les dépenses de l'Université de Duisbourg (sur le produit des licences de Riihrort), les professeurs ont souvent à réclamer leur traitement en retard (l). Un nouveau foyer d'enseignement supérieur est du moins créé en 1694, dans le duché de Magdebourg.

Déjà au seizième siècle l'électeur Albert de Mayence y avait songé, et le pape avait accordé un privilège en 1 53 1 , stipulant des statuts semblables à ceux de l'Université de Bologne. Le projet est repris en 1690, au moment où le juriste Christian Tlîomasius, chassé de Leipzig par les luthériens orthodoxes, vient de s'installer à Halle, comme professeur de droit général. L'électeur, au retour d'une cure à Garlsbad, passe là en 1691 , et, à l'instigation de Danckelman, jette les bases de la future université, qui doit remplacer V Académie de jeunes nobles (Ritterakademie) du Grand Électeur : il prévoit 2 400 thalers pour le traitement des professeurs, dont qijel-

(1) Cf. A. B , R. 34, n 58 a 1.

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