‹ Histoire de PrusseChapitre 360 sur 410 · LÉOPOLD D'AN H ALT-DESSAU · texte numérisé non relu

LÉOPOLD D'AN H ALT-DESSAU

amélioré le fusil prussien par la baguette en fer et la baïonnette à douille, qui a accru la rapidité et l'intensité du tir, qui a préconisé les formations légères sur deux ou trois rangs, plus souples et plus maniables que les colonnes en ordre profond ; c'est lui qui a rédigé les premiers règlements pour le génie et surveillé l'exécution des fortifications de Magdebourg, lui encore qui, à force d'expériences et d'essais, a fait de son régiment d' A It-Anhalt une véritable école de guerre, en même temps qu'un instrument parfait. « Rien n'y manque » , écrivait Frédéric Guillaume en octobre 1732, « et il est le modèle fdie Norm) de l'infanterie pour la taille des soldats, car il n'y a pas d'homme au-dessous de cinq pieds sept pouces (1 mètre 85) ». On a reproché au prince d'avoir dédaigné la cavalerie. Sa prédilection pour l'infanterie ne l'empêchait pourtant pas d'apprécier la seconde arme où il avait fait entrer deux de ses fils, et dont il conseilla de doubler les unités. Sa correspondance avec le roi prouve qu'il a été le plus influent des conseillers militaires; s'il n'a pas été un homme vraiment cultivé et s'il a mis toujours l'action pratique au-dessus de l'idée pure, il n'a pas été non plus une sorte de sous-officier sans instruction ni éducation, comme on l'a parfois représenté. Le ministre saxon Suhm était injuste lorsqu'il disait en 1727 que, par sa faute, l'activité d'un feldwebel dans l'armée était tenue supérieure à celle d'un général. Dans un de ses écrits, car son mépris pour les noircisseurs de papier ne l'empêchait pas d'user de la plume à ses heures, le prince s'est prononcé contre l'abus des coups à l'exercice; il a recommandé d'inspirer au soldat le sentiment de l'honneur et l'esprit de corps, de le prendre par la douceur. Il est vrai que lui-même prêchait assez peu d'exemple.

Aucun des autres collaborateurs militaires de Frédéric Guillaume I", et ils sont légion, ne saurait être comparé à Léopold d'Anhalt. Il faut cependant citer une fois de plus Grumbkow, qui a été de 1713 à 1739 une espèce de ministre de la guerre, faisant preuve jusqu'à sa mort de la plus rare puissance de travail, et le feld-maréchal baron de Natzmer,

LE REGRUTEMEiST 521

uii vieux brave, de caractère incommode, qui eut l'honneur en 1730 de s'opposer énergiquement à la condamnation du kronprinz.

Le roi, d'ailleurs, a été l'inspirateur ou l'auteur de la plupart des réformes.

Le plus difficile, dans un petit État de faible population, était d'obtenir une nombreuse armée; il s'en préoccupa dès son avènement, afin de rendre sa Maison « formidable » ; toutefois le problème du recrutement ne fut pas résolu sans peine, ni sans tâtonnements. On en resta d'abord au système inaug^uré sous Frédéric 1", et qui, quoique supérieur au simple racolage, avait de g^raves inconvénients : les officiers, chargés de tenir leurs compagnies et régiments au complet, d'après des rôles ou listes d'habitants, ne s'en tenaient pas toujours aux régions qu'on leur avait assignées pour cela; ils procédaient brutalement pour se procurer les recrues nécessaires, et incorporaient des gens impropres au service, quitte à les relâcher ensuite moyennant finances. Gomme beaucoup déjeunes gens émigraient pour se soustraire à ces violences, Frédéric Guillaume les assimila à des déserteurs et ordonna de pendre ceux qu'on pourrait saisir (17 octobre 1713); il chercha en revanche à rassurer la population, en interdisant les enrôlements forcés (9 mai 1714), interdiction apparente seulement, car le recruteur autorisée se procurer des recrues « de la bonne manière « , était implicitement invité à user de ruse. Un règlement de 1718 remit au roi le soin de décider de la validité des enrôlements, et les abus se maintinrent, même après la résolution prise le 26 février 1721 de faire désormais des levées à l'étranger, et de se contenter des enrôlements volontaires dans le pays; du reste, une ordonnance d'avril 1724, défendant d'enrôler de force les gens établis sur une terre fangesessene) et les jeunes garçons en âge de croissance, le permettait indirectement pour les autres.

Quand Frédéric Guillaume sévissait, c'était contre les recrues récalcitrantes, et on le vit, en 1730, bannir de Prusse les Meimonites que leurs principes religieux empêchaient

Page 1