EXCES DES RECRUTEURS
d'accepter aucune obligation militaire. Les Universités eurent plus d'une fois à se plaindre d enlèvements d'étudiants: à Francfort-sur-rOder(l) , malgré le règlement royal de 1721 qui semblait garantir l'Université contre ces excès, il y eut des étudiants enlevés en 1723 et 172-4; à Kœnigsberg (2), il en fut de même depuis 1714, particulièrement entre 1726 et 1729, et les plaintes véhémentes de tous les professeurs n'obtinrent du roi que de bonnes paroles ; pareils faits se produisirent à Halle et à Duisbourg. Parfois les recruteurs s'attaquaient même aux élèves des hautes classes dans les collèges : suggestive à cet égard est une liste de dix-huit élèves des écoles de Lœbenicht (un des quartiers de Kœnigsberg), enrôlés en 1729. Parfois c'étaient des vieillards qu'on prétendait incorporer, comme ce riche marchand de Magdebourg, âgé de soixante ans, que les bourgeois de la ville arrachèrent aux soldats, après une véritable bataille où dix-huit hommes furent gravement blessés. En général, c'était dans les campagnes qu'opéraient les recruteurs, et les paysans s'obéraient pour racheter leurs fils : un rapport de la chambre de guerre et des domaines de Minden (6 janvier 1733) attire l'attention du roi sur ce point, et constate qu'on fait payer 150 thalers pour exonérer un premier fils, 80 thalers pour le second et 50 pour le troisième. Les hommes de haute taille échappaient malaisément : le prince d'Anhalt s'étant plaint de n'avoir pu obtenir pour son régiment un grand gaillard, fils d'un commis du comte de Stolberg-Wernigerode, le roi intervint pour faire pression, et le père s'en tira à grand peine, en payant 400 thalers (1730-1731).
Cet état de choses était fâcheux pour le pays, sans assurer les effectifs désirés. Frédéric Guillaume se décida à régulariser le système ancien des enrôlements régionaux, en le perfectionnant. Beaucoup de capitaines et de colonels avaient pris l'habitude de dresser des listes de jeunes gens susceptibles d'être réquisitionnés pour le service, et désignés dès
(1) Cf. A. B., R. 41, n 5, n 97-98 et n 101-103.
(2) Ibid., R. 7, n 95, et surtout n 187, 1 à 3.