LE SYSTEME DES CANTONS
lors par diverses épithètes de sens analog^ue [enrollirt, c'està-dire portés sur les rôles, ^vehyflichtig , assujettis au devoir militaire, ou dem Régiment obligai, destinés au régiment). Un règflement de 1726 fait déjà mention de la pratique. Les ordonnances des l"et 18 mai 1733, et le règlement des cantons (Cantonsi-eglementJ du 15 septembre de la même année, la légalisèrent. Le royaume fut divisé en un certain nombre de cantons, assignés aux colonels pour le recrutement de leur régiment, à raison de 5 000 feux pour un régiment d'infanterie et de 1 800 pour un de cavalerie; dans chaque canton, les habitants mâles devaient êtreinscrits sur des TàXe^fenroUirtJ, etresterdedix-huitàquaranteans à la disposition descolonels ; ceux-ci pouvaient lever 30 hommes par an en temps de paix et 100 en temps de guerre. <> Tous les sujets » , disait le règlement, " sont nés pour les armes ffiir die Waffen geboren) et obligés au régiment dans le district duquel ils sont nés » . C'était, en principe tout au moins, le service militaire universel et obligatoire. Sans doute le principe ne fut pas observé à la lettre, et de nombreuses exemptions subsistèrent, celles des fils de riches bourgeois ou de grands propriétaires fonciers, des agents des nobles dans les campagnes, des fils des pasteurs étudiant eux-mêmes la théologie, des fils uniques dans certains cas, des instituteurs, des tisseurs de laine. Néanmoins, si le service militaire ne devint pas universel, il fut considérablement étendu, et le règlement des cantons a jeté les bases d'une armée nationale (1) .
Au temps de Frédéric Guillaume I", il ne pouvait encore être question de se borner aux nationaux; de là les levées faites sans cesse à létranger, non seulement dans les villes libres de l'Empire germanique, où une vieille constitution impériale autorisait ces opérations, mais dans tous les États de cet Empire, et même dans des pays éloignés. Le roi demanda à beaucoup de ses voisins la permission d'envoyer chez eux des recruteurs, et se passa souvent de permission,
(i) Les cantons furent déterminés d'abord pour les régiments de l'est, en 1733, et la mesure fut nppliquée en 1735 à ceux de l'ouest.
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ce qui provoqua maint conflit. Les documents du temps en sont pleins. Si l'Empereur ferma les yeux, sur le conseil de Seckendorf, et si le tsar fournit des recrues de son chef, la plupart des puissances se montrèrent moins accommodantes : l'arrestation d'un certain capitaine Natzmer à Dresde, celle de plusieurs officiers en Hanovre, faillirent amener une rupture, soit avec l'électeur de Saxe, roi de Pologne, soit avec l'électeur de Hanovre, roi d'Angleterre (1727-1729). Plus tard, les Hollandais osèrent faire condamner et fusiller à Maëstricht un recruteur (1732), ce qui excita la colère du kronprinz contre « ces faiseurs de fromages » . Les excès des agents prussiens étaient tels que le roi fut maintes fois obligé de les désavouer. Peut-être a-t-on forgé bien des légendes à ce sujet (recrues bâillonnées, par exemple, expédiées dans des caisses, et étouffées), mais il y eut des violences notoires (1), et sur les 800 ou 1 000 officiers qui se trouvaient sans cesse en campagne, la majorité étaient gens peu scrupuleux sur l'emploi des moyens.
Les grands jeunes gens surtout étaient victimes ; j'en ai dit un mot déjà. Frédéric Guillaume avait, en matière de recrutement, la passion, presque la superstition de la taille. Au temps où il n'était que kronprinz, il avait composé un bataillon exceptionnel sous ce rapport; durant tout son règne, il entretint à Potsdam un régiment de grenadiers géants, recrutés à prix d'or dans tous les pays d'Europe. « De me procurer la plus belle femme ou fille du monde " , disait-il un jour devant La Chétardie. « me serait indifférent; mais des soldats, c'est là pour moi le défaut delà cuirasse, et l'on peut avec cela me mener aussi loin qu'on voudra » . Le mot, qui est exact, s'applique spécialement aux recrues de six pieds ; quiconque en fournissait, obtenait faveurs et argent; aussi officiers, particuliers, gouvernements étrangers rivalisaient-ils de zèle pour en trouver et en envoyer à Potsdam; le régiment
(1) Pœllnitz cite le cas d'un recruteur, nommé Hompesch, qui semble bien avoir emballé un grand jeune homme du pays de Juliers; le malheureux périt étouffé.