LES GKENADIERS DE POTSDAM
des g^arcles du corps était, suivant l'expression de la Margrave, K le canal des grâces » . A chaque revue, le roi choisissait dans les divers régiments les plus beaux sujets pour les mettre dans sa garde, dédommageant d'ailleurs largement les colonels : il payait en moyenne 100 à 200 tlialers par homme; en 1731, il en acheta un à Wehlau, au prix de 1 000 thalers; une autre fois, il dépensa 145 000 thalerspour 60 soldats, ce qui met le soldat à près de 2 500 thalers, et ce ne fut pas le maximum. Dans les pays étrangers, ses racoleurs faisaient vraiment la chasse aux grands hommes : les chroniqueurs du règne, Fassmann, Pœllnitz, Mauvillon, ont donné force détails sur certains grenadiers, comme le Norvégien Jonas, ancien mineur au dos voûté dont on redressa l'échiné, le Saxon MûUer qui s'était montré auparavant à la foire de Saint-Germain, le Prussien Hohmann dont Auguste le Fort ne put en 1728 toucher le haut de la tète, l'Irlandais Kirckland qu'on envoya chercher à grands frais dans son pays et qui coûta près de 9 000 thalers (environ 33 000 francs) . On voit en 1723 un fonctionnaire exempté d'une dette vis-à-vis du trésor, à condition de fournir une recrue de six pieds deux pouces. Ces géants étaient parfois des anormaux qui mouraient prématurément : tel ce Suédois de huit j)ieds de haut (2 mètres 64), dont Auguste II, « le patron», fit cadeau à son <i compatron «, au camp de Miihlberg en 1730, et qui « hébété » mourut quelques mois après, à l'hôpital, à Berlin. Le roi, qui dépensa, dit-on, douze millions de thalers (45 millions de livres) pour le recrutement à l'étranger, de 1713 à 1735, faisait donc parfois de mauvaises affaires; mais il avait créé la caisse des recrues exprès pour subvenir à ces dépenses extraordinaires. C'était du reste son principal luxe, et une réelle source de joies : quand il releva de maladie, en 1734, sa première distraction fut de revoir ses colosses; il en fit venir deux cents dans sa chambre. Il eut un moment l'idée de créer une race de géants, en mariant les plus grandes filles du pays à ses grenadiers; l'essai provoqua de fâcheux incidents, les mariages par ordre ayant dû plus