LA DISCIPLINE PRUSSIENNE
garde : " Je n'ai point encore vu de troupes marcher avec plus d'ordre et de fierté; il semble que ce soit un seul ressort qui les fait agir » . L'entraînement quotidien, dirigé par de rudes chefs, comme le roi, Anhalt ou le kronprinz, faisait déjà des soldats prussiens de véritables machines.
Dautre part, les règlements militaires (KriegsnrtikelJ, promulgués à diverses reprises, notammentceuxdes 12juillet 1713 et 31 août 1724, renferment les clauses les plus rigoureuses : le soldat était surveillé dans ses actes et ses paroles, astreint à une vie chrétienne, puni sévèrement pour des jurons impies; on le menait deux fois à l'église les dimanches et fêtes. Les châtiments corporels étaient fréquents, surtout celui qui consistait à courir un certain nombre de fois entre deux rangs d'hommes armés de verges (Gassenlaufen) ; la peine de mort revenait comme un sinistre refrain pour les moindres gestes de désobéissance ou de mutinerie ; l'article 32 l'appliquait même aux passe-volants, c'est-à-dire à ceux qui se louaient un jour de revue pour combler les vides dans un régiment.
Les règlements de marche ou de route 1713, 1722, 1737) complètent les « articles de guerre " . Tout y a été prévu pour le déplacement des troupes en bon ordre, à raison de trois jours de marche suivis d'un jour de repos, l'infanierie parcourant 22 kilom. 1/2 par étape, la cavalerie 30 kilomètres. Il y avait des hommes mariés pas plus d'un tiers par compagnie) ; des édits spéciaux réglaient le sort de leurs femmes et de leurs enfants. Il y en avait qui exerçaient un métier, en temps de paix, comme .' compagnons » (GesellenJ d'ordinaire, car il leur fallait pour être « maîtres » , posséder une maison et une cour. La justice militaire, réorganisée par Katsch (voir l'instruction du 22 avril 1726), assurait aux soldats des garanties éventuelles pour leur défense : un awiiieur remplaçait alors l'avocat mai 1715 et mars 1718), mais les tribunaux militaires et les conseils de guerre étaient peu enclins à l'indulgence.
La désertion, qui restait la plaie de l'armée, était punie de la potence, et les déserteurs impitoyablement traqués : une
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prime de 10 à 12 thalers était promise à qui les livrerait, de fortes amendes infligées à ceux qui ne les arrêtaient pas (100 thalers à un village, 200 à une ville ; quiconque était convaincu de les avoir aidés à fuir, devait être immédiatement pendu. La grande instruction pour le Directoire renferme à l'article 14 les principales stipulations à cet égard. En outre, des « cartels » , conclus avec les puissances étrangères (princes de l'Empire, rois de Pologne et d'Angleterre), prévoyaient l'extradition réciproque des déserteurs. Rien n'y fit, et aucune mesure n'arrêta la fuite des sujets, même pas les congés accordés largement pour les travaux de la campagne : pourtant des permissions de deux mois, puis de trois mois avaient été instituées en 1714 et 1726, et la proportion des permissionnaires élevée de 25 pour 100 en 1714 jusqu'à 44 pour 100 en 1732! l/
En même temps, de grands progrès avaient été accomplis pour le bien-être des troupes.
Elles étaient habillées de neuf tous les ans et pourvues de l'uniforme, l'infanterie en bleu foncé, sauf certains corps spéciaux plus blancs que bleus, la grosse cavalerie en blanc, les hussards en vert ou en rouge. Les officiers, jadis vêtus à leur fantaisie, portaient des uniformes qui ne différaient de ceux de leurs hommes que par la finesse du drap. Afin d'économiser le tissu, on coupait justaucorps et hauts-de-chausse aussi courts et étroits que possible : avec la tenue réglementaire, un soldat devait toujours craindre de faire craquer son vêtement en s'asseyant. Pœllnitz et 'a Margrave, qui insistent sur ce point, déclarent qu'un homme isolé paraissait étriqué, mais qu'une troupe en mouvement avait, par excellence, « l'air guerrier » . D'ailleurs, l'uniformité régnait d'une façon générale, et tout était égal dans les régiments, « jusqu'aux boucles des souliers » . Les drapeaux des unités étaient pareils, avec un fond blanc ou jaune d'ordinaire, l'aigle noir volant vers le soleil dans un ciel bleu, et la devise : « Nec soli cedii » (Il brave même le soleil). Le Suisse Haller juge les troupes belles, mais mal habillées : on ne donne des bas que