LA SOLDE ET LE « SERVIS
tous les trois ans, et les chapeaux sont trop grossiers. Malgré cette parcimonie, l'impression générale était favorable : des chevaux de bat portaient les tentes et les couvertures dont la troupe était autrefois chargée, et le soldat frisé, poudré, «fait au tour » , avait plutôt le défaut de sembler destiné à la parade : la manie de l'astiquage sévissait, les crins des chevaux étaient tressés ; Frédéric 11 pense que si la paix avait duré après 1740, on en serait venu » au fard et aux mouches » .
La solde n'avait guère été améliorée ; elle était du moins plus régulièrement payée, bien que le budget de chaque compagnie continuât à être géré par le capitaine, qui le faisait valoir « comme une ferme » . Les chiffres que nous possédons manquent de précision. Frédéric II parle de 2 thalers et 6 gros par mois (environ 8 fr. 40) . Deux ordonnances du 18 mai 17 13 fixent la solde mensuelle du cavalier à 3 thalers (11 fr. 25) ou 2 thalers 16 gros (9 fr. 90), plus le fourrage du cheval, la solde du fantassin à un peu moins. D'après divers documents, il semble qu'à la fin du règne cette solde pour l'infanterie a été uniformément de 3 thalers. C'était peu, car le soldat devait se nourrir à ses frais, en temps de paix. 11 est vrai qu'il était logé, soit dans des casernes ou baraquements, soit plutôt encore chez l'habitant dont il exigeait, en vertu du droit de Sej-^vis, le couvert, le feu, le coucher et la chandelle; les bourgeois, qui voulaient être exemptés du logement des gens de guerre, avaient à payer d'assez fortes sommes (de 30 à 100 thalers par an). Dans ces conditions, et en faisant une réserve nécessaire pour les gardes du corps qui touchaient des surpayes extraordinaires parfois un thaler par jour), on se demande si, comme l'ont dit les historiens, le rôle économique de l'armée était fécond, et si une garnison était vraiment un élément de prospérité pour une petite ville. On se demande également si le soldat était heureux, ce dont le grand nombre des déserteurs permettrait de douter a priori. Un écrivain du temps, Lucanus, dont les manuscrits sont à Kœnigsberg, prétend que peu d'hommes auraient accepté, même pour une forte somme, de quitter le régiment